Je laisse mes enfants jouer au football

J’aime le football. J’encourage mes garçons à jouer au football. J’éprouve un réel plaisir à les regarder évoluer au sein de leurs équipes respectives, je suis leur plus grande fan. Je suis fébrile devant un terrain de foot entouré de couleurs d’automne ou au coucher du soleil alors que les lumières s’allument pour mettre les joueurs en vedettes. Mes fistons jouent depuis qu’ils sont en quatrième année du primaire, et maintenant finissants de secondaire cinq et en deuxième année collégiale, leur passion est toujours aussi palpable.

Je suis convaincue au plus profond de mes trippes que c’est un sport qui est bon pour eux. Je suis contente des études et des recherches en cours sur les risques liés à ce sport. Et il y en a pour tous les sports. C’est comme ça qu’on avance et qu’on s’améliore en société.

Il y a cependant une situation qui vient me chercher en tant que mère de joueurs de football. Étrangement, elle est généralement créée par un parent d’enfant qui ne pratique pas ce sport. Je comprends ce qui les motive. Je sais que ça part d’un bon fond. Mais j’aimerais arrêter de recevoir des inquiétudes remplies de sous-entendus de la part des autres parents. Du moins, que tu ne m’abordes pas en mettant en doute mon jugement sur les dangers de laisser mes garçons jouer au football. Si tu crois qu’en plus de dix ans à suivre ce sport je ne me suis jamais questionnée, c’est que tu ne me connais pas assez pour que ton opinion soit importante pour moi. Mais si tu as envie d’une discussion constructive, je suis ouverte.

Je suis une mère poule dans la vie, alors n’importe quel type de blessure m’inquiète. Je m’inquiète quand mes garçons partent en voitures avec d’autres, quand ils sont en voyages scolaires ou quand ils vivent des moments difficiles. Je ne me cache pas la tête dans le sable quand on parle de football, encore moins des blessures à la tête. Mais la science et la médecine comprennent et expliquent aujourd’hui plus que jamais ce qu’est une commotion cérébrale et comment la soigner. Encore plus loin, les équipes dans lesquelles mes enfants évoluent mettent tout en place pour éviter les coups à la tête et les risques de commotion. Est-ce qu’ils sont à l’abri? Évidemment que non. Est-ce qu’ils sont plus à risque qu’un enfant à qui on interdit tout sport pour éviter les blessures? Certainement. Est-ce que tu t’inquiètes pour mes fistons alors que ton enfant joue au hockey, au soccer, qu’il fait du cheerleading, du vélo de montagne ou du ski de compétition? Si c’est oui, je te félicite pour tout ce que tu investis en temps et en encouragements avec ton enfant. Et je prends pour acquis que tu as fait toutes les recherches de ton côté pour que ta progéniture pratique son sport en toute sécurité. Sans te juger…

Peu importe l’activité qu’un enfant choisi, je suis convaincue que les parents vivent des choses similaires. Nous sommes tous habités à un moment ou un autre de doutes, de craintes, d’espoir, de fierté devant leurs accomplissements et de peine dans leurs défaites. Si tu le vis dans le sport de ton enfant, je le vis dans le mien. Le choix du sport de ton enfant n’est pas meilleur que le mien. Surtout si l’enfant pratique une activité dans laquelle il se réalise et se sent bien.

Tu sais ce qui compte le plus pour moi? Depuis dix ans, mes enfants sont heureux et ils sont bien encadrés. Ils ont des parents qui croient aux vertus de l’entrainement et qui s’entourent d’une équipes de thérapeutes divers pour prévenir et prendre en charge rapidement toutes les blessures qui peuvent survenir en bougeant. Et peu importe le sport pratiqué, il y en aura. Tout comme il y a une panoplie de blessures que nous nous infligeons dans une vie et qui ne sont pas reliées au sport. On joue à faire une liste de tout ce qui pourrait arriver de grave dans un entrainement ou une partie de football pour mes garçons?

– commotion cérébrale, fracture d’un membre, étirement ou déchirure de muscle ou ligament, entorse, brulure causée par la surface, dislocation, contusion, claquage –

La liste a été écrite avec mes garçons, ils sont donc conscients que ce sont toutes des possibilités. Cette liste a ouvert une discussion sur leur sport. Je leur ai demandé s’ils avaient des craintes face aux risques du football. Les deux m’ont affirmé se sentir en sécurité et bien préparés. Mon plus grand m’a même expliqué les degrés de commotion, l’importance de bien les soigner, leurs répercussions, comment ils sont suivis en prévention par leurs thérapeutes. J’ai été impressionnée par le niveau de ses connaissances sur le sujet. Les deux connaissent aussi plusieurs amis qui ont fait des commotions causées par d’autres activités. Ils comprennent tous les deux les risques d’un sport de contact, mais se sentent compétents dans leur préparation physique liée aux impacts.

Nous avons aussi parlé des blessures physiques. Encore là, sans se sentir invincibles, ils comprennent l’importance de prendre soin d’eux pour pratiquer leur sport le plus en santé possible. Au quotidien, ils nous questionnent souvent sur les méthodes de récupération après l’effort. Ils ont tous les deux divers thérapeutes sportifs dans leurs contacts à qui ils se réfèrent sur une base régulière, en qui ils ont confiance pour répondre à leurs questions et apprendre à connaitre d’avantage leur corps. Ils sont proactifs et curieux de leurs propres machines.

Je leur ai demandé ce qui changerait dans leur vie si leur père et moi décidions que c’est trop risqué et qu’ils devaient abandonner le football. Après un moment de réflexion, mon grand s’est mis à m’expliquer que c’est par le football qu’il a appris ce que veut dire l’engagement, que c’est à cause de son sport qu’il est passé à travers ses études secondaires et qu’il est encore à l’école aujourd’hui. Que l’éthique sportive enseignée par ses entraineurs, il l’applique dans toutes les autres sphères de sa vie au quotidien. Qu’il joue encore au football après dix ans. Jouer. Par pur plaisir. Et que ce plaisir est important dans le fait qu’il soit en forme parce que sans son sport, il n’aurait pas la motivation de fréquenter un gym. Mais par dessus tout, ce qui est ressorti pour mes deux garçons, ce sont les liens forts tissés avec certains coéquipiers et entraineurs. Des liens forgés par l’effort commun, dans des situations de grandes émotions, et qui font aujourd’hui qu’ils ont des personnes importantes dans leurs vies sur qui ils peuvent compter. Mon plus jeune m’a même dit « Tu ne peux pas savoir ce que ça fait de rentrer sur un terrain de football avec toute ton équipe. Tu te sens en sécurité, entouré par quelque chose de fort. C’est dur à décrire si tu ne l’as jamais vécu». Demandez à mes enfants de vous parler de football. Leur passion est tellement forte qu’ils vous donneront l’envie de rejoindre une équipe!

Je dis souvent qu’une médaille ne pourra jamais être assez mince pour n’avoir qu’un seul côté. Le football comporte un côté de risques et un côté de grandes réalisations. Nous avons choisi en famille de ne pas vivre dans la peur. Et jusqu’à présent, le sport de nos enfants nous a tous touché et fait grandir. Nous allons continuer de les suivre tant que leur passion y sera en restant vigilants sur ce qui peut arriver, et en accueillant à bras ouverts tout ce qui est fantastique. Comme je l’espère être le cas pour chaque parent qui s’assoit sur une estrade et regarde évoluer son enfant dans un stade, un aréna, une piscine, un terrain, une piste ou un circuit. Au lieu d’analyser les raisons pour lesquelles ton enfant ne pratiquerait jamais le sport des miens, analyse les raisons pour lesquelles il a choisi le sport qui le rend heureux. C’est vraiment tout ce qui compte.

 

– Le magnifique terrain de football du Vert et Or, Séminaire St-Joseph, Trois-Rivières.

 

 

14 réflexions sur “Je laisse mes enfants jouer au football

  1. Catherine

    Merci merci merci
    Vous avez écrit le texte que j’aurais voulu écrire
    Étant maman de deux garçons qui pratique le merveilleux sport qu’est le football, impliquée jusqu’à l’os en tant que gérante de l’équipe de mon plus jeune, je me fais un plaisir de partager ces lignes

  2. Michel

    Vraiment beau texte! Je le partage à 100%! Moi-même parent de 3 garçons du Vert et Or avec plus de 10 ans comme fan d’eux!

  3. Vicky Lavalliere

    Merci pour ce merveilleux texte, je suis une maman de footballeur, il a aussi traverser le secondaire grâce au football, a appris à être fière de lui et avoir l’esprit d’équipe, les profs d’école disaient qu’il n’irait pas longtemps à l’école et l’ont mis dans un programme différent mais il n’a pas lâcher , il a fait écoles de football, team Québec 2 fois , team Canada 2 fois , à été recruté pour le cégep en division 1 et ensuite a été recruté après un combine aux usa pour une université américaine division 1, maintenant il est heureux et fier de lui et fait ce qu’il aime, il s’est mis un but en 6ieme année en commençant ce sport et l’A atteint!! NCAA!! Le nouveau but … jouer pro!! Et finir ses études de criminologie à l’université, bravo à ce sport qui l’a aidé socialement, physiquement, psychologiquement, scolairement, merci à son coach de l’avoir suivi pendant plus de 5 ans , soutenu dans son tda concentration et opposition, lui à enseigner à être une bonne personne, ce coach a été le modèle masculin de mon fils car le père n’est pas dans sa vie , notre vie est le football ,!!

  4. Football mom

    Merci pour ce très beau texte! Je suis une football mom aussi et c’est ma fille qui y joue avec les gars! Croyez-moi que j’en entends de toutes les sortes aussi! C’est un magnifique sport pour le sentiment d’appartenance et la discipline et j’ajouterai que l’ambiance dans les estrades entres parents locaux ou adverses est tout à fait génial comparativement à bien d’autres sports. On y est pour notre enfant mais aussi pour nos enfants!

  5. Sonya Gauthier

    Il n’y a rien à ajouter, tout a été si bien dit! Mon garçon a aussi joué au football pendant ses 5 années au secondaire avec le tien et j’ai pu constater toute la justesse de ce que tu as si bien décrit. Tout ce que ce sport lui a apporté dans sa vie est si précieux, des relations d’amitié uniques, une discipline de vie… Aujourd’hui, il est entraîneur pour cette même équipe et je constate que je suis toujours une aussi grande adepte de football, car pratiquer un sport intelligemment, peu importe le sport, est un mode de vie que l’on doit promouvoir, car il permet de mener une vie équilibrée!

    1. Oui Sonya, tout plein de beaux souvenirs autant de l’émotion durant les parties que du plaisir dans les estrades avec le beau groupe de parents! Je crois qu’on est «football mom» pour toujours…

  6. Julie Ostiguy

    À la lecture de votre texte, mon fils aîné a cru, un instant, que je l’avais écrit sous un pseudonyme. C’est vous dire combien il colle à notre réalité. Il joue sa deuxième saison collégiale et son frère sa dernière saison Juvénile. Vos propos reflète sincèrement mes pensées face à la pratique de leur sport. Un bonheur à lire! Merci.

    1. Merci de prendre le temps de me lire et d’écrire. C’est rassurant de savoir que nous avons la même réalité de parents que d’autres familles. Longue vie à vos fils dans leur sport!

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