Il était un lit…

Il était un lit, un oasis. Un cocon chaud dans les premiers rayons de soleil du matin. L’endroit parfait où l’esprit peut doucement refaire surface et fusionner à nouveau avec son corps endormi. Un à un, les mouvements sous les couvertures rappellent qu’il faudra se lever bientôt mais pas tout de suite ! Peut-être y a t’il du temps pour y flâner avec un journal et un café ? Si c’était le moment idéal pour le déjeuner au lit ? Et pourquoi pas simplement rester couché sur le dos, les mains jointes derrière la tête, à regarder le plafond en refaisant le monde ?

Le lit du matin, le meilleur point de vue pour le spectacle d’ombres que la lumière dessine sur les murs lorsqu’elle filtre à travers les rideaux ou les stores. De là, comme sur une île déserte, on planifie devenir le héros de sa journée, le maître de sa destinée. Un point de départ duquel, ne serait-ce que quelques instants, tout est encore possible. C’est le silence dans la maison. Les oiseaux jasent et s’affairent depuis longtemps dehors, mais quel plaisir de faire durer ici cet état de grâce. Même les aiguilles de l’horloge tiquent plus doucement, soucieuses de ne pas déranger.

Pour le parent matinal, c’est le dernier espoir d’une tranquillité avant que le tourbillon de la réalité ne mette fin à la trêve ! Pour les amoureux, c’est un dernier effort à prolonger la nuit. Une étreinte de plus, en s’accrochant de toutes ses mains, de tous ses doigts, de tous ses bras. Pour l’enfant, c’est le retour du monde imaginaire, l’atterrissage dans la réalité et le décalage entre le monde et le merveilleux.

Le matin, faire le lit ? Quitter la chambre en jetant un regard sur les couvertures lissées, les oreillers et les coussins bien rangés, c’est la promesse du bonheur d’ouvrir à nouveau les draps qui, une fois le soir venu, seront prêts à nous accueillir dans une caresse méritée. Partir en laissant la douillette qui pendouille et l’espace en champ de bataille, c’est se rebeller à l’ordre, relaxer dans le chaos. C’est chez-moi, ma signature, mon royaume. J’y entre et j’en sors comme bon me semble, c’est ma paillasse après tout !

Il était un lit un jour de pluie. Un jour béni où le temps permet la gâterie la plus sublime de toutes ; la sieste. Une délicieuse parenthèse. Le droit de suspendre le cours de l’existence dans un effort de refaire le plein d’énergie. Le temps de se cacher ou de se sauver d’une journée trop chargée. Le temps de se dire «je t’aime et tu le mérites». L’aventurier ouvre la fenêtre pour entendre la symphonie des gouttes sur le toit, sur le sol, sur la vie. Alors là seulement devient possible de se couvrir du parfum unique de la nature mouillée, parfum qui enivre et ravive des souvenirs de jeux d’enfants. Les couvertures sont enveloppantes, rassurantes. Les oreilles remplies de clapotis et les yeux lourds, la dérive est accueillie avec un sourire léger qui s’estompe au même rythme que le cœur qui décélère. Seul, à deux, en famille. La sieste un jour de pluie est un plaisir coupable dont la rareté crée la valeur. Le lit devient complice du luxe.

S’étendre sans défaire le lit! Le luxe de s’étirer en écoutant la nature déverser son torrent et se perdre dans ses réflexions. Exister pour une heure, de laisser son imagination vagabonder et changer de direction à chaque coup de tonnerre. Devenir l’étoile au milieu d’une mer d’édredon, s’échouer à plat ventre sur une plage de flanelle, ou se recroqueviller confortablement et ronronner de satisfaction.

Il était un lit un soir d’été. Pendant que le brouillard du sommeil envahit le cerveau, la logique confuse hésite à rejoindre la douceur des draps puisque les dernières lueurs du soleil n’ont pas terminé de se perdre dans la nuit. L’appel est invitant. Le lit n’est vêtu que de son plus léger coton, partenaire idéal de la brise du soir. Une fois le rideau tiré, la pénombre invite au calme. Dehors, la symphonie nocturne est bien entamée. En vedette, grillons, grenouilles et dernier chants d’oiseaux. Peut-être le crépitement d’un non loin feu de camp transportant avec lui des effluves de bois fumé et des discussions feutrées.

Le soleil passe éventuellement le flambeau à la lune. Les dernières bouffées de chaleur sont sortent du béton et de la terre. La rosée se dépose offrant une fraîcheur, invitant au sommeil profond. Entre la seconde la plus noire de la nuit et celle d’où le bleu jaillira de nouveau dans le ciel, le mouvement de la légère couverture devient imperceptible. En haut, en bas, au rythme lent de la respiration la plus près de l’état de grâce.

Une nuit torride de canicule. Pas un souffle de vent. Les bestioles se taisent, écrasées par la chaleur. Où trouver le confort alors que chaque centimètre du corps cherche l’air frais disparu ? On ose à peine bouger de crainte que l’effort accentue l’inconfort. Lin ? Soie ? Satin ? S’étendre sur les draps, immobile. La nuit s’allonge entre les instants d’insomnie et les rêves de désert torride ou de saison enneigée.

Il était un lit un soir d’hiver. La couette est aussi lourde que le manteau blanc recouvrant la terre. Les courtes-pointes s’empilent avec les oreillers pour créer l’igloo protecteur des longs mois à venir. Les pieds nus trépignent sur le plancher froid alors que les mains s’affairent à créer l’espace parfait pour le dormeur frissonnant. Dehors la tempête fait rage. Le vent hurle aux fenêtres et craque les joints de la maison. Les stores baissés cachent le grésil qui claque en s’abattant sur les vitres, mais le son suffit à rappeler combien on gèle dehors.

Oh, les premières secondes où la peau entre en contact avec les draps froids ! Et l’attente immobile, en retenant son souffle, que le cocon et le corps s’apprivoisent et se tempèrent. Sans électricité, à la lueur d’une chandelle, c’est un grand bonheur d’ouvrir son roman préféré et de s’évader le temps de quelques chapitres. À deux, le lit d’hiver permet de s’enlacer longuement et confortablement. Les étoiles qui scintillent sur la neige fournissent l’éclairage parfait pour la confidence ou la discussion chuchotée sur l’oreiller. Les parfums se mêlent, l’espace se partage, le nid douillet se réchauffe. Des bruits de pas sur le plancher! Un cauchemar transforme le canot tandem en radeau familial. On se cajole, on se rassure, le temps d’une berceuse. Le poids des couvertures opère sa magie et apaise les corps. La respiration profonde s’allonge et ne restent bientôt que les enveloppes physiques alors que les esprits voyagent au pays des rêves.

Il était un lit dans le plus noir de la nuit. Un lit pour s’abandonner en toute vulnérabilité. Où se déposer, où se reposer. Un lit régénérateur de vie, d’énergie. Allez ! Au lit !

2 réflexions sur “Il était un lit…

  1. Francoise Renald

    Quel bel article! Je me suis reconnue dans mon rapport avec le it, sa douceur,sa légèreté,le cocon réconfortant qu’il nous procure!Merci et au plaisir de vous relire!

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