Possible souper en amoureux

Est-ce que tu te mets de la pression pour planifier une Saint-Valentin parfaite pour toi et la personne significative dans ta vie ? Je te pose la question parce que chaque année je suis toujours étonnée de l’énergie que les gens déploient à faire de cette journée, de cette date précise, le moment le plus romantiquement parfait de l’année. Comme si les 364 autres carrés sur le calendrier étaient indigne de recevoir la même dose d’amour ou de sexy que le fameux 14 février.

Qu’est-ce qui arrive si tu te chicanes avec ta douce moitié cette journée-là ? Tu respectes ta réservation au resto et tu dépenses pour un tête-à-tête froid et tendu ? Si l’amour dans ta vie est à l’extérieur de la ville pour le travail ? Tu passes la soirée en pyjama mou sur le divan devant une comédie romantique, la larme à l’œil ? Si tu es célibataire ? Tu envies les autres autour de toi en te disant qu’avec de la chance tu auras quelqu’un avec qui te faire des câlins l’an prochain ? Je suis juste curieuse de savoir. Internet et les émissions de radio débordent des meilleures ou des pires histoires de Saint-Valentin dans les jours entourant le 14 février. C’est donc dire à quel point c’est une date importante pour un grand nombre de gens. C’est fou comment on peut arriver collectivement à donner autant de pouvoir à un chiffre.

Moi, je suis une rebelle de la date en général. Ma vie est remplie de toute sortes de projets et d’imprévus. J’ai appris il y a très longtemps que c’est presque impossible d’être libre de célébrer toutes les occasions spéciales dans une année, au moment où elles se produisent. J’aime fêter souvent et n’importe quand, et je n’ai jamais envie d’attendre d’en avoir la permission sociale. Surtout pour l’amour ! Je pense qu’il faut se le dire souvent, de toute sortes de façons et surtout pas en achetant tout ce qu’on veut nous faire croire nécessaire pour le démontrer. Pour moi, c’est la Saint-Valentin chaque fois que je peux flâner en amoureux un dimanche matin avec un café aromatisé. Chaque fois qu’on prend la route pour un bon moment et qu’on jase dans l’auto en refaisant le monde. Quand on partage un fou rire à propos de rien. Quand on est assis côte à côte avec rien à se dire mais qu’on se sent bien.

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J’ai envie de te partager l’histoire vraie de ma Saint-Valentin 2000. Il faisait une tempête de neige épouvantable. J’étais dans ma voiture quelque part entre Granby et Trois-Rivières et je ne voyais ni ciel ni terre. À la radio, que des chansons romantiques et des histoires de premiers rendez-vous, de cadeaux d’amoureux, de meilleurs restaurants pour un tête-à-tête. De mon côté, j’étais en train de faire deux heures de voiture pour une rencontre très spéciale. Je rejoignais ma sœur à l’hôpital pour assister à la naissance de mon deuxième neveu, celui qui ferait de moi une marraine. J’étais célibataire à ce moment, mais je savais que même en couple, il n’y avait aucun autre endroit au monde où j’aurais voulu être.

Et j’ai commencé à fréquenter l’homme de ma vie quelques semaines plus tard. Notre premier souper officiel s’est déroulé le 23 mars. Pendant des années par la suite, nous avons pris l’habitude de célébrer notre Saint-Valentin en mars, laissant la date du 14 février à mon neveu. Le gros avantage ? Il n’y avait jamais de file devant les bons restaurants et on pouvait faire l’activité de notre choix en toute quiétude peu importe l’endroit. Je parle au passé car avec l’arrivée de nos enfants nous avons tranquillement mis ce moment de côté. Et tu sais quoi ? Rien de grave ne nous est arrivé. Aucune malchance, aucun mauvais sort jeté par l’esprit de Valentin. Nous avons continué de nous aimer, d’avancer, de bâtir notre vie semaine après semaine, année après année.

Mais je vais me confesser.

Pendant que j’écrivais ce texte, je me suis laissée aller à jeter un œil au calendrier familial. Il y avait une case vide un certain jour de mars. Et j’ai osé.

Même si je sais qu’une date ou l’autre ce n’est pas la fin du monde.

Quatre mots figurent maintenant au 23 mars.

Possible souper en amoureux.

Des fois que…

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Le premier acte

Samedi dernier, j’ai assisté aux funérailles d’une belle tante, d’une femme à la vie très spéciale. Tout un groupe d’humains rassemblés au même endroit ont dit adieu à une mère, une mamie, une tante, une sœur, une amie. Une cérémonie funéraire parmi toutes celles qui ont lieu dans une année, avec toutefois un moment auquel je pense souvent depuis une semaine.

Durant l’oraison funèbre, la célébrante nous a invités à réfléchir à la vie de ma tante en termes de pièce de théâtre. Elle nous a rappelé plusieurs moments marquants en comparant tout ce qu’elle a vécu au premier acte d’un spectacle. Le deuxième selon elle est celui qui commence au moment de notre mort. Il consiste en lots de souvenirs que la personne décédée laisse dans nos mémoires et que nous continuons de faire vivre à travers nos discussions quand nous nous rappelons de l’être qui nous a quitté. C’est un résumé assez simpliste, mais là n’est pas le moment fort. Elle avait seulement mis la table pour un geste dont j’étais témoin pour la première fois lors de funérailles.

À ma grande surprise, elle nous a demandé de nous lever. Avec l’image du rideau tombé juste avant l’entracte, elle nous a invité à applaudir la performance. Je n’oublierai jamais cet instant. Dans la petite chapelle d’un centre funéraire de Québec, ma tante a reçu un « standing ovation » pour l’œuvre de sa vie. J’ai assisté à plusieurs cérémonies funéraires dans ma vie, mais c’était la première fois que je ressentais un tel mélange de tristesse et de bonheur en même temps. J’ai vécu un gros « wow ». J’ai plus tard repris le chemin du retour avec comme toile de fond un incroyable coucher de soleil et des kilomètres de réflexion.

Depuis, il y a un petit coin de mon cœur un peu plus en paix. J’ai repensé à ceux et celles qui sont partis trop vite de ma vie et qui vivent maintenant à travers mes souvenirs. Je me suis permis d’applaudir leur vie en pensée et étrangement, j’ai senti des lourdeurs intérieures se dissiper. Le processus de deuil est bien personnel à chacun, mais cette image de célébration et d’appréciation m’a rapprochée d’une nouvelle acceptation du passage inévitable de la mort.

Pleurer ce qui n’est plus a été remplacé par célébrer ce qui a été.

Me reste maintenant l’envie féroce de m’assurer de profiter de chaque scène et de chaque réplique de mon premier acte.

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Le premier jour

Fidèle à mon rituel annuel, j’ai regardé se lever le premier jour de cette nouvelle année. Ce matin, il était bercé par le bruit des vagues et les cris des goélands. Il y avait un peu partout des fêtards restés sur la plage depuis la veille, et des gens simplement venus s’asseoir pour être témoins de ce moment privilégié. Quand le soleil est sorti de la mer, il a été accueilli par des applaudissements et des cris de joie. Il se lève pourtant chaque jour. Mais le premier jour de l’année s’amène rempli de promesses et d’espoir.

Pour moi, voir les premières couleurs de l’année c’est comme ouvrir un nouveau roman dont j’ai entendu parlé, que je suis excitée de lire, et dont la photo de couverture est chaque fois magnifique. Un livre de 365 pages, une par jour, avec une section vierge pour y écrire aussi ma portion de l’histoire. Et même si je sais que tous les chapitres ne feront pas nécessairement mon affaire, c’est tout de même une série dont les 45 premiers tomes m’ont rendue plus heureuse qu’ils ne m’ont déçue.

2018, tu m’as apporté un lot de rides et de nouveaux cheveux blancs, des traces d’une histoire qui ne s’écrit pas toujours selon le scénario que nous avions prévu. Une longue année dont il me reste à balancer le bilan pour m’assurer de fermer le livre avec un surplus dans la colonne des gains. Je te laisse tout de même partir avec des beaux souvenirs qui paraissent encore plus grandioses à côté des difficultés. Tu m’auras donné toute une «ride» de montagnes russes.

2019, j’ai envie de te dire : enfin, il était temps que tu arrives ! J’attendais le changement de chiffre avec impatience. Mais en même temps, je ne te mets pas de pression. On va partir en douceur, sans plans, et tourner les pages une à une. Je ne te mets pas la barre haute, c’est mon cadeau à moi-même pour fêter ton arrivée : entrer dans la nouvelle année sans attente. Que penses-tu de l’idée ? J’aime penser que si notre seul but est de profiter du meilleur que chaque jour aura à nous offrir, nous ne pourrons qu’être satisfaits. C’est un plan qui me fait me sentir incroyablement libre. Ensemble, je pense qu’on va bien s’en tirer.

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Un gros cadeau juste avant Noël

Je ne sais pas si c’est la surprise d’une chanson entendue pour la première fois. Ou peut-être l’originalité des costumes, de tout ce rouge, des brillants et des grelots. Mais il y a quelque chose qui rend, année après année, le spectacle de Noël de mon école très émouvant. J’ai cherché à comprendre pourquoi arrive toujours un moment où ma gorge devient trop petite pour avaler, et ma vision déforme les élèves à travers le trop plein d’eau qui menace de déborder. En essayant de trouver la raison de cette émotion, j’en ai en découvert plusieurs.

Parce qu’en fait, c’est un crescendo de moments. Ce que les parents et amis voient le soir du spectacle n’est que la pointe d’un iceberg aux proportions insoupçonnées. La petite pointe qui peut n’avoir l’air de rien mais qui cache un processus que j’aurais aimé vivre à l’âge de nos élèves.

Il y a les semaines fébriles pendant lesquelles les notes des chansons se mélangent dans les corridors. Les enseignants sont un peu nerveux de trouver LA chanson parfaite pour leur classe. Les élèves excités chantent, mémorisent, créent des chorégraphies et des mises en scènes qu’ils seront heureux de présenter devant un public conquis d’avance. Dans ce joyeux chaos organisé, la collaboration est à l’honneur. On apprend à partager ses idées, mais aussi à accepter celles des autres.

Il y a la pratique commune au gymnase durant laquelle on teste le produit presque fini devant les autres groupes. Parfois, c’est le moment d’exaspération pendant lequel on découvre les failles d’un plan qu’on croyait parfait. Le temps commence à presser, la fatigue des vacances de Noël qui approchent se fait sentir. On apprend que ce n’est pas parce qu’une idée fonctionne moins bien qu’elle n’est pas bonne, et qu’il arrive qu’il est nécessaire de se retrousser les manches pour fournir le petit effort de plus qui nous rendra finalement si fier.

Il y a la répétition générale. Tous les élèves de la maternelle à la sixième année s’entassent dans des autobus avec leurs enseignants pour se rendre au centre-ville. C’est par la porte des artistes qu’ils font leur entrée dans les coulisses de la magnifique Salle J.A-Thompson où ils se produisent le soir venu. Ils vibrent d’excitation. Assis dans les bancs de velour rouge, c’est le seul moment où ils peuvent voir le spectacle en entier avec la même perspective que leurs parents. Ce soir, ils seront cachés derrière les rideaux. Pour l’instant, ils sont guidés sur comment bien se tenir devant un public, chanter fort pour projeter leur voix, cohabiter sur la scène avec d’autres amis tout en gérant leur trop plein d’énergie, et rester concentrés sur leur numéro malgré les éclairages, les micros et les techniciens qui gravitent autour d’eux.

Arrive enfin le grand moment. Les parents nous confient leurs petits artistes les yeux pleins d’étoiles. Avec toute la candeur propre à l’enfance, les élèves complimentent leurs enseignants qu’ils voient rarement en tenue de soirée. Les lumières s’éteignent dans la salle, un frisson d’excitation envahie les coulisses, et le premier numéro de la soirée est lancé. Tour à tour, les groupes se succèdent, dansant et chantant avec cœur en français, en anglais et en espagnol. Les enseignants postés au coin de la scène guident leurs élèves les yeux brillants de fierté devant les efforts déployés par chacun d’eux. Le temps d’une soirée, la magie du temps des fêtes habite dans cette salle du boulevard Des Forges. Avoir la chance de faire partie de ce moment me donne l’impression de recevoir un gros cadeau juste avant Noël.

Est-ce que le spectacle est excellent ? La réponse est dans les yeux de chaque spectateur présent. Est-ce que tout se déroule à la perfection ? Autant que c’est possible avec autour de 200 enfants cachés en coulisses. La soirée est une succession de numéros performés par des enfants amateurs âgés entre 5 et 12 ans dans un contexte de spectacle d’école. Et pourtant… mission accomplie, c’est magique. Ce qui est parfait, ce sont les souvenirs imprégnés en chacune de ces petites personnes et que seule cette soirée peut créer. Ce sont les habiletés développées, comme l’aisance à prendre la parole en publique. Ce sont les sourires des familles qui se retrouvent au foyer après la soirée. Les enfants aux joues roses de fatigue quittant la salle avec un parent, ou un fier grand-parent, main dans la main. C’est l’esprit de communauté d’une grande famille de visionnaires réunie Rockin’around the Christmas Tree, rêvant d’un Noël Blanc en se souhaitant Feliz Navidad.

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Un enfant veut pas de conseil de ses parents sur l’amour

Nos enfants vieillissent et frappent à la porte du monde des adultes. Je me questionne souvent sur les outils que je les ai aidé à développer. C’est drôle parce que de tous les aspects auxquels ils vont être confrontés ; les études, le travail, leur mission dans la vie, celui qui me chicotte le plus c’est l’amour. Celui qu’ils vont partager avec une autre personne. Ça me chicotte parce que je sais que j’aurai pas de réponses à toutes leurs questions. Que comme pour la majorité des expériences de leur vie, ils vont devoir en naviguer des longs bouts par eux-mêmes. Je sais aussi que des enfants ça veut pas de conseils de leurs parents sur l’amour. Mais j’aimerais ça leur en donner quand même. Parce que je trouve qu’on a fait une pas pire job.

J’aurais envie de leur dire…

Que je ne t’ai pas cherché. Que tu es apparu à mes côtés aux moments où ça devait être ainsi. Destin. Destiné. Hasard. Bonne étoile. Les gens peuvent utiliser le mot qu’ils veulent, ça m’est égal. Pour moi, c’est le ressenti qui importe. Un jour en particulier où l’air avait un goût plus sucré qu’à l’habitude. Où les gros flocons qui tombaient autour de notre câlin étaient plus blancs que cinq minutes avant et descendaient plus doucement, comme pour se poser sans bruit et éviter de nous déranger.

Que je ne t’ai pas demandé de me compléter. Que ça, c’est ma job à moi. D’être complète pour avancer et m’accomplir dans la vie sans attendre que tu sois celui qui me fournisse ce qui me manque. Je ne t’ai pas non plus donné une partie de mon cœur, et je ne t’ai pas demandé un morceau du tien. Te regarder être maître de ta vie et de choisir de le faire sur le même chemin que moi, ça fait partie de ce qui me rend heureuse mais ce n’est pas l’unique raison de mon bonheur. Même si c’est vrai que mon nom a une vibration différente quand c’est toi qui le dis.

Que je n’ai pas peur de te perdre. Parce que pour ça, il faudrait que tu m’appartiennes, comme une chose. Ma femme, mon mari, c’est des expressions populaires que tout le monde utilise et comprend. Moi, j’aime savoir que je suis la femme dans ta vie et que tu es l’homme dans la mienne. Que ce n’est pas un titre de propriété mais un choix commun ravivé chaque jour. Même quand nous sommes physiquement aux opposés de la planète, j’aime sentir ma tête et mon cœur libres de doutes, légers de confiance.

Que je ne t’ai pas choisi. Ça voudrait dire que j’ai considéré d’autres options. Nous avons choisi dans un accord commun de vivre nos vies ensemble. Je n’aime pas les définitions de l’amour dans le dictionnaire, pas plus que je crois qu’il y a un secret, ou une recette à suivre. Pour moi c’est une danse de sentiments comprise par les partenaires qui la dansent seulement. Notre rythme, notre décor, nos pas. Quand des bouts de la chorégraphie sont plus difficiles pour un, c’est l’autre qui prend le relais jusqu’à ce que le timing revienne. J’aime penser que sans jamais l’avoir fait pour un auditoire autre que nous, on donne tout un spectacle. Plus qu’hier, moins que demain? J’aime mieux juste le faire aujourd’hui comme il faut.

Que je ne t’ai pas donné non plus la mission de me rendre heureuse. Pas plus que tu ne l’exiges de moi. Pis que ça c’est vraiment important. Se raconter nos bonheurs, c’est une de nos forces. Les tiens, les miens et ceux qu’on a en commun. On les compare pas, on les compte pas, il n’y a pas de jalousie ou de compétition. Être capable de simplement se réjouir quand ça va bien pour l’autre, ça fait longtemps qu’on est des pros dans le domaine. Parce que s’il fallait qu’un jour on décide que nos vies n’avancent plus vers les mêmes destinations, on partirait chacun avec le bonheur de l’autre. Ce serait vraiment poche.

Tu vois, c’est ça que j’aurais envie de dire à nos fistons. Qu’être en amour, c’est d’abord «être». Être entier pour entrer complet et fort dans une relation. Pis qu’une peine d’amour ça peut arriver à tout le monde mais que c’est tout ce que c’est. Une peine. Que si on s’aime en premier, de la bonne façon, on s’en remet. Et que quand on fait un bout de chemin avec une autre personne qui s’aime aussi en premier, de la bonne façon, le voyage est magnifique.

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Un 9 novembre

Vendredi soir. Un 9 novembre. Je ne me rappellerai probablement pas toujours de la date, mais ce sera difficile d’oublier l’expérience. Elle met en vedette un groupe de parents collés serrés sur des estrades de football et deux équipes de jeunes guerriers sur le terrain avec un but commun. Gagner la demie finale pour accéder au championnat.

Pour certains, nous n’aurions pu avoir pire température. Pourtant, assise devant l’action, je me répète sans cesse combien c’est féérique. J’ai l’impression que la partie se déroule dans une boule à neige qu’un enfant aurait bien brassée. L’air est vif et tous les espoirs sont permis.

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Je dis toujours à mes garçons que l’équipe devant eux n’est pas composée d’ennemis. Que de l’autre côté du tableau indicateur vit une petite société semblable à la leur, formée de jeune au désir de gagner et de parents qui les accueilleront après la partie pour célébrer leur victoire ou les consoler dans la défaite. Ce soir l’enjeu est grand et la neige incessante rend la tâche difficile pour les deux groupes. C’est une soirée qui ressemble à Noël et j’ai envie de croire en la magie. De croire à notre victoire.

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Elle n’est toutefois pas pour nous cette année. À l’issue d’une saison remplie d’émotion et de fierté, nos gladiateurs concèdent à leurs rivaux l’accès à la finale. C’est la défaite. Celle qui ne s’avale pas, qui roule dans le fond de la gorge et rend muette, celle qui frappe au corps jusqu’à le faire trembler et qui ruisselle sur les joues une fois que la réalisation s’installe au fond de l’estomac, lourde. Et dans l’énorme boule à neige, je regarde mon fils. Je sais qu’il a mal. Le sang coule de ses genoux, il a une main bleue et enflée, mais c’est derrière le numéro 14 sur son chandail que ça se passe. Dans sa poitrine déjà coffrée pour un jeune de quinze ans, c’est son grand cœur qui encaisse la douleur. Et ça, en tant que maman, je sais que c’est difficile à soigner.

Il rejoint ses co-équipiers pour serrer la main de ceux qui continueront une semaine de plus. Il est droit, fort, et il transmet à chaque joueur adverse le respect qu’il voue à un athlète de son sport bien-aimé, une poignée de main à la fois. Et je réalise que je crois encore à la magie. Je crois aux hommes que ces joueurs sont en train de devenir à coup d’efforts, de travail acharné, de sacrifices, de saisons de football, de défaites. La magie ce soir, c’est de les regarder se réconforter les uns les autres, revêtus de leurs armures, et de savoir le potentiel incroyable qui se trouve en chacun d’eux. Je crois, même le coeur gros, que c’est sain qu’ils aient mal ce soir. C’est un moment important dans le processus. Leur vie commence et ils sont déjà forts. J’ai confiance en ce qui s’en vient pour eux.

Mon fils, je t’encourage à rester sur le sentier le plus ardu et non à chercher la facilité. Oui tu devras y travailler plus fort, les sacrifices seront plus grands, perdre sera douloureux, mais je te promets surtout que c’est là où les victoires auront meilleur goût et où tu créeras tes souvenirs les plus mémorables.

Quand ça « clique » c’est magique

– Tu pars en Guadeloupe rejoindre des gens que tu ne connais pas ?

– Oui… on s’écrit depuis trois ans via Facebook.

– Ok. Mais Nath, si ça « clique » pas entre vous ?

– Ce seront quatre longues journées. Mais si ça « clique », ça risque d’être merveilleux !

J’avais reçu une invitation de Valérie l’an passé à participer à sa première édition de l’aquathlon féminin dans le cadre d’octobre rose pour la recherche et prévention du cancer du sein. Vie, travail, famille, tralala, je ne suis pas allée. Mais comme très souvent dans ma vie, l’idée était semée dans mon cerveau et elle commençait à germer.

Avance rapide, un an plus tard. La deuxième édition est prévue pour le dimanche 28 octobre 2018. Valérie est la présidente du club Alpha Triathlon de Saint-François, elle m’invite à nouveau. On échange, on partage nos idées sur le sport amateur et comment inciter les femmes débutantes à oser faire le premier pas pour prendre soin d’elles, sur l’accessibilité pour tous au triathlon, et la notion de performance versus plaisir. Je me sens de plus en plus fébrile. Je serai sur la ligne de départ. Attend moi Guadeloupe, j’arrive !

Il faut oser provoquer les occasions. J’ouvre la porte à donner une conférence la veille de l’événement et une belle équipe se manifeste pour prendre le tout en main. J’atterris à 13h30 sur l’île et à 19h je m’adresse à un groupe d’humains chaleureux et magnifiques. Quelques heures à peine en Guadeloupe et je me sens déjà en famille. Aie le courage d’ouvrir ton cœur, il y a partout des humains extraordinaires prêts à t’ouvrir le leur. Comme Marine, Axel et Julio du réseau Doxa.

Événement de l’Aquathlon des Roses de Porcelaine, dimanche matin sur la plage. Natation dans la baie de Saint-François et course ou marche autour de la marina. Pour la petite ville, c’est un franc succès : 180 femmes en rose, tous sourires, unies autour d’un même but. Le moment est festif et de toute beauté. En compagnie de nouveaux visages je nage, je cours et je prends le temps de tout regarder pour faire le plein d’images et de souvenirs. Je me pince un peu. Moi, la fille de Trois-Rivières, je suis vraiment là en train de vivre ce moment. Il y a des jours où j’ai l’impression que ma vie est irréelle.

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Puis, deux journées. Rien que ça et tout ça à la fois. Une succession de découvertes d’endroits merveilleux : Port-Louis, la Porte d’Enfer, la Pointe de la Vigie, le cimetière de Morne-à-l’Eau, la Cascades aux Écrevisses, la petite rivière du Bras David, Sainte-Anne, les Basses-Terres. Une collection de mets locaux des plus savoureux : purée de papaye ou de banane verte, madère, cassave, lambi, cassolette de chatrou, ouassous. Des heures et des heures de discussions, de fous rires, d’échanges remplis de curiosité et d’ouverture. Comment ça se passe chez-vous ? Voici ce qu’on fait chez-nous. Ose t’intéresser aux autres et à leur vie, il y a des gens qui te feront une place dans la leur. Comme Valérie, Marie, Yannick, Christophe et Emmanuelle.

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De retour chez-moi après une escapade qui semble trop courte pour tout ce qui s’y est produit. Je sens encore la chaleur et la mer, j’entends encore les grenouilles qui sifflent toute la nuit. Surtout, je vis le choc du contraste entre une population qui se réjouit de tout et de peu, et nous qui sommes souvent tellement exigeants et difficiles à contenter. Quelle belle journée ! Pourquoi se préoccuper de demain ? Nous y arriverons de toute façon si Dieu le veut.

Pour l’accueil, la générosité, l’expérience et les apprentissages, une partie de mon cœur appartient désormais à la Guadeloupe. Parce que quand ça clique, c’est magique. Un autre bel extra dans mon ordinaire.

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