Qui es-tu?

Salut Humain qui traverse malgré lui la crise causée par la pandémie mondiale!

Il y a une question qui me chicotte depuis plusieurs semaines et que j’ai envie de te poser. Qui es-tu vraiment? Dans ces moments inhabituels qui nous sont imposés, qui es-tu? As-tu pris deux minutes pour te regarder dans le miroir récemment et te demander le rôle que tu joues dans la collectivité?

Si je te pose la question tout d’abord, c’est que personnellement, je me le demande tous les jours. Tour à tour, je tiens plusieurs rôles.

– la fille forte qui tient le phare de sa famille et qui fait tout pour que nous soyons en sécurité;

– celle qui encourage ses adolescents à garder le cap sur leurs études, à entretenir les contacts virtuellement avec leurs amis, et à être fiers d’eux chaque jour où ils vont travailler à la pharmacie;

– la fille responsable qui ne sort que pour marcher ou courir autour de chez-elle et qui se pointe une fois par semaine à l’épicerie de son quartier en respectant à la lettre les mesures fantastiques déployées pour nous permettre de conserver le droit d’aller s’acheter à manger;

– celle qui voit plus régulièrement défiler les heures la nuit alors qu’elle lutte contre un vieux démon anxieux qui essaie de semer la pagaille dans son cœur et sa tête;

– la fille qui sait avec une pointe de tristesse que la vie que nous avons connue jusqu’ici est terminée, mais qui regarde avec espoir vers une nouvelle vie remplie de meilleur et de nouveau;

– celle qui fait de son mieux pour s’aider et aider le monde à passer à travers la crise.

Si je te pose la question, c’est aussi parce que je te rencontre les rares fois où je sors. Généralement, tu me fais sourire mais trop souvent, tu me mets mal à l’aise. J’ai un arrière goût amer d’appartenir à la même race que toi.

Tu sais quand?

Quand tu insultes la jeune fille dans l’entrée de l’épicerie qui te demande gentiment de passer au lavabo te laver les mains. La même jeune fille qui pourrait être chez-elle à écouter des vidéos dans son lit toute la journée mais qui passe toute sa journée debout devant une porte à accueillir les clients. Celle-là même qui ne devrait pas avoir à expliquer à un adulte que les règles qu’elle n’a pas écrites sont les mêmes pour tout le monde.

Quand tu ne me donnes pas mon espace dicté par la distanciation sociale et que tu passes par dessus moi pour prendre ta boîte de céréales au lieu d’attendre ton tour. Tu envahis ma bulle comme si c’était ton droit dans un moment où je me sens le plus vulnérable. Et pourquoi? Pour sauver les vingt-trois secondes que tu perdras de toute façon dans la longue file d’attente pour passer à la caisse?

Quand mes enfants reviennent à la maison le soir après une journée de dix heures à servir les clients à la pharmacie et qu’ils me racontent ce que tu leur dis. «Crisse que vos façon de faire sont niaiseuses!» «Vous capotez pour rien, c’est toujours bin juste la grippe!» «J’ai toujours fait ça d’même, c’est pas toi qui va changer ça!» «Vas me chercher ton boss osti de jeune incompétent!»

Je te repose la question. Qui es-tu?

Quand nous regarderons derrière nous dans quelques mois, dans quelques années, seras-tu fier de ce que tu auras montré aux autres?

Parce que tu peux me dire qui tu es avec des belles paroles et des belles histoires, il n’en reste pas moins que ce sont tes actions qui montrent aux autres ta vraie nature. Dans une crise comme celle que nous vivons présentement, la beauté cachée au fond des humains ressort. Et la laideur aussi. Révélée au grand jour par chacune de tes actions envers les autres et envers toi-même. J’ai un peu honte que nous appartenions à la même race, mais je suis prête à comprendre ce qui t’arrive. Tu vis un stress que tu peines à gérer, tu as peur et ça te mets en colère, l’incertitude pour ton travaille te donne envie de hurler. Je comprends. Mais ça vient me toucher quand tu diriges tes émotions mal gérées envers ceux qui font tout pour t’assurer un minimum de services. Ça vient me tordre le cœur quand je dois regarder mes garçons dans les yeux pour leur expliquer qu’ils n’ont rien fait de mal et de faire preuve d’empathie envers ton manque de contrôle parce que tu es simplement un humain blessé, comme eux.

Tu sais ce qui est cool dans tout ça? C’est que tout ce que nous devrons changer pour pouvoir retourner à une vie collective dans le futur t’offres l’opportunité de changer qui tu es. Que tu travailles, que tu sois au chômage, retraité, jeune, âgé, tu décides qui tu es. Pas ce que les autres sont. Pas ce que tu crois que les autres doivent être pour toi. Qui tu es. Si tu en as envie.

Jamais notre génération n’aura vécu une situation aussi stressante à la grandeur de la planète, une situation qui aura révélé qui nous sommes en tant que peuples, que société, que familles, et en tant qu’individu. Qui sommes-nous? Quand nous regarderons derrière nous dans quelques mois, dans quelques années, seront-nous fiers de ce que nous aurons montré aux autres?

S’il te plait, tu n’es pas une personne plus importante que les autres. Je ne suis pas plus importante que les autres. Je ne suis pas plus importante que toi. J’ai envie d’aider alors je me permets de te faire une suggestion.

Choisis la gentillesse. L’empathie. La patience. Le respect. Choisis l’amour.

Si c’est tout ce que tu peux te permettre de faire pour aider la collectivité, ce sera déjà un grand pas. Si c’est tout ce que tu essaies pour aider mes enfants à croire en l’humanité, ce sera apprécié. Et saches que même si je suis souvent déçue de faire partie de la même race que toi, je t’aime. De loin, mais je t’aime.

Journée internationale de l’espoir

Journée internationale du droit des femmes. C’est drôle. Cette journée-là, je la vis sur un fond de mélancolie chaque année.

Il y a une toute petite tristesse au fond de moi liée aux raisons qui ont amené cette célébration. Je suis triste de savoir que le mot «international» n’implique malheureusement pas toutes les femmes et les filles de la planète, encore. Il y a une toute petite colère qui gronde au fond de moi quand je pense que cette journée est nécessaire. Quand je pense à tout ce qu’il a fallu justifier, à tous ceux qu’il a fallu convaincre. Et aux réponses que nous n’avons pas encore aujourd’hui. Est-ce qu’en 2020 un homme = une femme?

Il m’arrive de ressentir une petite déception d’être née dans l’équipe de celles qui ont le pouvoir de créer toute la vie humaine sur la terre. La responsabilité ultime, le grand miracle. Mais d’avoir eu à prouver jusqu’à notre place en société. Dès qu’une lutte est nécessaire, c’est qu’une injustice existe au départ. De tous les débats dans le monde, c’est celui que je ne comprendrai jamais. Surement parce que je suis née dans l’équipe qui perd depuis tellement longtemps.

Je suis habitée de tous ces sentiments, et j’ai fabriqué deux garçons. Un genre de douce ironie. Un laboratoire de recherche sur l’espoir. Deux hommes qui ont été élevés entourés d’humains forts. Un souvenir me remonte en tête en écrivant ces lignes. Celui des soirées entre amis que notre horde d’enfants passait à jouer au hockey en se disputant les services de la meilleure gardienne de but de la gang. Sans lui demander de prouver qu’elle en était capable parce que naturellement, ils le savaient tous. Dans notre laboratoire de recherche sur l’espoir, nos enfants ont déjà trouvé le remède à bien des maux de la société. Il faut juste trouver la meilleure façon de le propager au reste du monde.

J’ai envie de dire un gros merci aujourd’hui à toutes les figures fortes qui gravitent autour de moi et qui m’aident à croire que nous allons dans la bonne direction. Hommes, femmes, humains. Chaque jour, vous me faites du bien et vous êtes des modèles sur lesquels j’ai misé pour élever mes enfants, mes espoirs de jours plus doux.

Et je rêve. Du moment­ où la journée internationale des droits des femmes ne sera plus nécessaire. Où chaque levé de soleil sera implicitement, sans campagne publique, une vraie journée internationale des humains ayant des droits égaux.

Je laisse mes enfants jouer au football

J’aime le football. J’encourage mes garçons à jouer au football. J’éprouve un réel plaisir à les regarder évoluer au sein de leurs équipes respectives, je suis leur plus grande fan. Je suis fébrile devant un terrain de foot entouré de couleurs d’automne ou au coucher du soleil alors que les lumières s’allument pour mettre les joueurs en vedettes. Mes fistons jouent depuis qu’ils sont en quatrième année du primaire, et maintenant finissants de secondaire cinq et en deuxième année collégiale, leur passion est toujours aussi palpable.

Je suis convaincue au plus profond de mes trippes que c’est un sport qui est bon pour eux. Je suis contente des études et des recherches en cours sur les risques liés à ce sport. Et il y en a pour tous les sports. C’est comme ça qu’on avance et qu’on s’améliore en société.

Il y a cependant une situation qui vient me chercher en tant que mère de joueurs de football. Étrangement, elle est généralement créée par un parent d’enfant qui ne pratique pas ce sport. Je comprends ce qui les motive. Je sais que ça part d’un bon fond. Mais j’aimerais arrêter de recevoir des inquiétudes remplies de sous-entendus de la part des autres parents. Du moins, que tu ne m’abordes pas en mettant en doute mon jugement sur les dangers de laisser mes garçons jouer au football. Si tu crois qu’en plus de dix ans à suivre ce sport je ne me suis jamais questionnée, c’est que tu ne me connais pas assez pour que ton opinion soit importante pour moi. Mais si tu as envie d’une discussion constructive, je suis ouverte.

Je suis une mère poule dans la vie, alors n’importe quel type de blessure m’inquiète. Je m’inquiète quand mes garçons partent en voitures avec d’autres, quand ils sont en voyages scolaires ou quand ils vivent des moments difficiles. Je ne me cache pas la tête dans le sable quand on parle de football, encore moins des blessures à la tête. Mais la science et la médecine comprennent et expliquent aujourd’hui plus que jamais ce qu’est une commotion cérébrale et comment la soigner. Encore plus loin, les équipes dans lesquelles mes enfants évoluent mettent tout en place pour éviter les coups à la tête et les risques de commotion. Est-ce qu’ils sont à l’abri? Évidemment que non. Est-ce qu’ils sont plus à risque qu’un enfant à qui on interdit tout sport pour éviter les blessures? Certainement. Est-ce que tu t’inquiètes pour mes fistons alors que ton enfant joue au hockey, au soccer, qu’il fait du cheerleading, du vélo de montagne ou du ski de compétition? Si c’est oui, je te félicite pour tout ce que tu investis en temps et en encouragements avec ton enfant. Et je prends pour acquis que tu as fait toutes les recherches de ton côté pour que ta progéniture pratique son sport en toute sécurité. Sans te juger…

Peu importe l’activité qu’un enfant choisi, je suis convaincue que les parents vivent des choses similaires. Nous sommes tous habités à un moment ou un autre de doutes, de craintes, d’espoir, de fierté devant leurs accomplissements et de peine dans leurs défaites. Si tu le vis dans le sport de ton enfant, je le vis dans le mien. Le choix du sport de ton enfant n’est pas meilleur que le mien. Surtout si l’enfant pratique une activité dans laquelle il se réalise et se sent bien.

Tu sais ce qui compte le plus pour moi? Depuis dix ans, mes enfants sont heureux et ils sont bien encadrés. Ils ont des parents qui croient aux vertus de l’entrainement et qui s’entourent d’une équipes de thérapeutes divers pour prévenir et prendre en charge rapidement toutes les blessures qui peuvent survenir en bougeant. Et peu importe le sport pratiqué, il y en aura. Tout comme il y a une panoplie de blessures que nous nous infligeons dans une vie et qui ne sont pas reliées au sport. On joue à faire une liste de tout ce qui pourrait arriver de grave dans un entrainement ou une partie de football pour mes garçons?

– commotion cérébrale, fracture d’un membre, étirement ou déchirure de muscle ou ligament, entorse, brulure causée par la surface, dislocation, contusion, claquage –

La liste a été écrite avec mes garçons, ils sont donc conscients que ce sont toutes des possibilités. Cette liste a ouvert une discussion sur leur sport. Je leur ai demandé s’ils avaient des craintes face aux risques du football. Les deux m’ont affirmé se sentir en sécurité et bien préparés. Mon plus grand m’a même expliqué les degrés de commotion, l’importance de bien les soigner, leurs répercussions, comment ils sont suivis en prévention par leurs thérapeutes. J’ai été impressionnée par le niveau de ses connaissances sur le sujet. Les deux connaissent aussi plusieurs amis qui ont fait des commotions causées par d’autres activités. Ils comprennent tous les deux les risques d’un sport de contact, mais se sentent compétents dans leur préparation physique liée aux impacts.

Nous avons aussi parlé des blessures physiques. Encore là, sans se sentir invincibles, ils comprennent l’importance de prendre soin d’eux pour pratiquer leur sport le plus en santé possible. Au quotidien, ils nous questionnent souvent sur les méthodes de récupération après l’effort. Ils ont tous les deux divers thérapeutes sportifs dans leurs contacts à qui ils se réfèrent sur une base régulière, en qui ils ont confiance pour répondre à leurs questions et apprendre à connaitre d’avantage leur corps. Ils sont proactifs et curieux de leurs propres machines.

Je leur ai demandé ce qui changerait dans leur vie si leur père et moi décidions que c’est trop risqué et qu’ils devaient abandonner le football. Après un moment de réflexion, mon grand s’est mis à m’expliquer que c’est par le football qu’il a appris ce que veut dire l’engagement, que c’est à cause de son sport qu’il est passé à travers ses études secondaires et qu’il est encore à l’école aujourd’hui. Que l’éthique sportive enseignée par ses entraineurs, il l’applique dans toutes les autres sphères de sa vie au quotidien. Qu’il joue encore au football après dix ans. Jouer. Par pur plaisir. Et que ce plaisir est important dans le fait qu’il soit en forme parce que sans son sport, il n’aurait pas la motivation de fréquenter un gym. Mais par dessus tout, ce qui est ressorti pour mes deux garçons, ce sont les liens forts tissés avec certains coéquipiers et entraineurs. Des liens forgés par l’effort commun, dans des situations de grandes émotions, et qui font aujourd’hui qu’ils ont des personnes importantes dans leurs vies sur qui ils peuvent compter. Mon plus jeune m’a même dit « Tu ne peux pas savoir ce que ça fait de rentrer sur un terrain de football avec toute ton équipe. Tu te sens en sécurité, entouré par quelque chose de fort. C’est dur à décrire si tu ne l’as jamais vécu». Demandez à mes enfants de vous parler de football. Leur passion est tellement forte qu’ils vous donneront l’envie de rejoindre une équipe!

Je dis souvent qu’une médaille ne pourra jamais être assez mince pour n’avoir qu’un seul côté. Le football comporte un côté de risques et un côté de grandes réalisations. Nous avons choisi en famille de ne pas vivre dans la peur. Et jusqu’à présent, le sport de nos enfants nous a tous touché et fait grandir. Nous allons continuer de les suivre tant que leur passion y sera en restant vigilants sur ce qui peut arriver, et en accueillant à bras ouverts tout ce qui est fantastique. Comme je l’espère être le cas pour chaque parent qui s’assoit sur une estrade et regarde évoluer son enfant dans un stade, un aréna, une piscine, un terrain, une piste ou un circuit. Au lieu d’analyser les raisons pour lesquelles ton enfant ne pratiquerait jamais le sport des miens, analyse les raisons pour lesquelles il a choisi le sport qui le rend heureux. C’est vraiment tout ce qui compte.

 

– Le magnifique terrain de football du Vert et Or, Séminaire St-Joseph, Trois-Rivières.

 

 

Il était un petit navire

4 mai 2018 en plein milieu de la nuit, ma vie familiale bascule.

Ma mère subit un AVC important. Le trajet en voiture jusqu’à chez elle dans le brouillard pour y rejoindre les ambulanciers est le point de départ d’une année tourbillon. Des interventions et des jours dans un hôpital de Québec. Des semaines dans celui de Trois-Rivières. Des mois en centre de réadaptation. Une chirurgie avec complications graves et des semaines dans un hôpital de Montréal suivi d’une longue convalescence. Des heures et des heures de routes et de rendez-vous multiples. Presque une année entre parenthèses. Ce sont les faits résumés. Sa version personnelle de l’histoire lui appartient. Elle revient de loin.

4 mai 2019 un an plus tard, on me questionne. Comment va ta mère ? En fait, c’est la phrase que j’ai entendue le plus souvent dans la dernière année. Ça et, après la pluie le beau temps. Ce qui ne te tues pas te rend plus fort. Ou, le calme revient toujours après la tempête. Au oui ? J’ai hâte.

Parce qu’une tempête, une bonne, ça brasse et ça frappe de tous les côtés. On doit être capitaine de notre propre navire, mais il faut parfois faire partie de l’équipage du bateau des gens qui sont près de nous dans la vie. Des fois, il faut mettre le pilote automatique sur le nôtre et aider un autre capitaine à passer à travers sa houle. Sauf que pendant ce temps là, les vagues frappent aussi ton bateau laissé sans défense.

Capitaine, Oh mon Capitaine ! Une fois la tempête passée, est-ce que la vie redevient une longue traversée tranquille? Il faut d’abord remettre le navire à l’ordre pour reprendre le large. Et c’est ce bout là auquel je n’ai pas pensé. J’ai juste repris le large, sur un navire amoché.

Parce que quand tu t’occupes d’une personne gravement malade, ça arrive que tu ne saches pas comment t’occuper de toi en même temps. Pis tu ne peux pas te plaindre quand c’est pas toi qui es couché dans un lit d’hôpital à te faire manipuler par des dizaines de médecins et de thérapeutes par semaine. Parce que toi, physiquement, t’es pas malade. Pendant que tout le monde te demande comment ta mère va, ta job c’est de faire partie de son équipage. Point. Pendant que tout le monde lui dit qu’elle a de la chance d’avoir des bons matelots, tu sais que ça n’a rien à voir. Tu hisses la voile du sens du devoir, et celle de la résilience. Il n’y a pas de voile de chance.

Certains jours, t’as les jouent creuses et les yeux assez vitreux pour que des gens le remarquent. Ils veulent bien faire sans trop s’impliquer, et c’est compréhensible. Alors, ils t’offrent des conseils. «  Il faut que tu t’occupe juste des priorités » qu’ils disent. Mais quand t’as laissé tomber ta vie sociale, que t’as arrêté de t’entrainer, que ta maison est en constant bordel, que tu t’habilles dans les tas de linge pas plié, que t’essaies d’être créative avec les fonds de garde-manger et que tu sais jamais quel jour de la semaine on est, tu priorises quoi ? Tu sacrifies quoi ? Tes enfants ? Ton couple ? Ton travail ? La personne malade ? Ça arrive que tu saches pas comment faire, ça fait que tu prends tout à bout de bras en te disant que ça va bien finir par finir. Pendant que tout le monde te demande comment ta mère va, tu gardes ta job de matelot en voyant à l’horizon ton bateau qui se fait fesser par les vagues de tous bords tous côtés. Il était un petit navire…

Et la vraie vie continue tout autour. Tous les capitaines que tu croises sont occupés à traverser leurs propres tempêtes. Il y en a qui te font sentir qu’ils comprennent et qui naviguent pas trop loin, au cas où t’aurais besoin qu’ils te remorquent un moment. Il y en a qui tournent le gouvernail pour s’éloigner parce les tempêtes des autres les effraient. Il y en a qui te disent comment mener ton bateau sans avoir aucune intention de mettre le pied à bord. Pendant que tout le monde te demande comment ta mère va, tu te rends compte que l’océan est plein de vaisseaux, plein de marins, mais qu’ils ne peuvent rien faire pour arrêter l’impression qu’à tout moment tu vas te faire engloutir. Tu sais que le fond de la mer est rempli d’épaves, mais tu manges la pluie en pleine face en regardant en avant pour avancer. C’est l’instinct de survie qui mène. Point.

Un jour, les nuages s’ouvrent et le soleil sort. Les vagues commencent à te bercer au lieu de te taper dessus. Pis t’es encore là. Le moment arrive où tu peux remettre les pieds sur ton bateau. Mais ça fait tellement longtemps que t’es parti que t’es même pas sûr de reconnaître les aires. Et ton voyage reprend doucement pendant des semaines jusqu’à ce que tu te rendes compte que tout le monde te dépasse, que t’avances tout croche. Et après une grosse année, pendant que tout le monde te demande encore comment ta mère va, un autre capitaine te pose la question. Comment tu vas, toi ? La question qui te force enfin à faire le tour de ton bateau pour inspecter les dégâts. Ce que tu aurais dû faire avant de repartir parce que ce que tu découvres te désole.

T’as de l’eau de peine plein la cale. Le moteur manque d’huile et de gaz. Les hélices du gouvernail sont tordues. T’as empilé la peur, la colère, la panique, la culpabilité, le stress, l’incompréhension, les cauchemars, les odeurs d’hôpitaux et les bruits de machines dans ta cabine. Mais les piles prennent toute la place alors tu dors debout, à côté. T’es encore sur le pilote automatique.

De l’extérieur, parce que la peinture a l’air propre, t’as pensé que ça tiendrait tout le reste. Ça tient. Mais c’est pas très solide.

Capitaine, Oh mon Capitaine ! Est-ce que c’est vrai qu’après la pluie revient le beau temps ? Que ce qui ne tues pas le matelot, ou le capitaine, le rend plus fort ? Maudite bonne question à laquelle je n’ai pas envie de répondre. Comme tous ceux qui ont traversé des tempêtes, je prends le temps de réparer mon bateau. Pour qu’il tienne le coup si je dois le quitter à nouveau ou si j’ai besoin d’accueillir un équipage à bord pour m’aider un jour. Il était un petit navire…

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Le premier acte

Samedi dernier, j’ai assisté aux funérailles d’une belle tante, d’une femme à la vie très spéciale. Tout un groupe d’humains rassemblés au même endroit ont dit adieu à une mère, une mamie, une tante, une sœur, une amie. Une cérémonie funéraire parmi toutes celles qui ont lieu dans une année, avec toutefois un moment auquel je pense souvent depuis une semaine.

Durant l’oraison funèbre, la célébrante nous a invités à réfléchir à la vie de ma tante en termes de pièce de théâtre. Elle nous a rappelé plusieurs moments marquants en comparant tout ce qu’elle a vécu au premier acte d’un spectacle. Le deuxième selon elle est celui qui commence au moment de notre mort. Il consiste en lots de souvenirs que la personne décédée laisse dans nos mémoires et que nous continuons de faire vivre à travers nos discussions quand nous nous rappelons de l’être qui nous a quitté. C’est un résumé assez simpliste, mais là n’est pas le moment fort. Elle avait seulement mis la table pour un geste dont j’étais témoin pour la première fois lors de funérailles.

À ma grande surprise, elle nous a demandé de nous lever. Avec l’image du rideau tombé juste avant l’entracte, elle nous a invité à applaudir la performance. Je n’oublierai jamais cet instant. Dans la petite chapelle d’un centre funéraire de Québec, ma tante a reçu un « standing ovation » pour l’œuvre de sa vie. J’ai assisté à plusieurs cérémonies funéraires dans ma vie, mais c’était la première fois que je ressentais un tel mélange de tristesse et de bonheur en même temps. J’ai vécu un gros « wow ». J’ai plus tard repris le chemin du retour avec comme toile de fond un incroyable coucher de soleil et des kilomètres de réflexion.

Depuis, il y a un petit coin de mon cœur un peu plus en paix. J’ai repensé à ceux et celles qui sont partis trop vite de ma vie et qui vivent maintenant à travers mes souvenirs. Je me suis permis d’applaudir leur vie en pensée et étrangement, j’ai senti des lourdeurs intérieures se dissiper. Le processus de deuil est bien personnel à chacun, mais cette image de célébration et d’appréciation m’a rapprochée d’une nouvelle acceptation du passage inévitable de la mort.

Pleurer ce qui n’est plus a été remplacé par célébrer ce qui a été.

Me reste maintenant l’envie féroce de m’assurer de profiter de chaque scène et de chaque réplique de mon premier acte.

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Le premier jour

Fidèle à mon rituel annuel, j’ai regardé se lever le premier jour de cette nouvelle année. Ce matin, il était bercé par le bruit des vagues et les cris des goélands. Il y avait un peu partout des fêtards restés sur la plage depuis la veille, et des gens simplement venus s’asseoir pour être témoins de ce moment privilégié. Quand le soleil est sorti de la mer, il a été accueilli par des applaudissements et des cris de joie. Il se lève pourtant chaque jour. Mais le premier jour de l’année s’amène rempli de promesses et d’espoir.

Pour moi, voir les premières couleurs de l’année c’est comme ouvrir un nouveau roman dont j’ai entendu parlé, que je suis excitée de lire, et dont la photo de couverture est chaque fois magnifique. Un livre de 365 pages, une par jour, avec une section vierge pour y écrire aussi ma portion de l’histoire. Et même si je sais que tous les chapitres ne feront pas nécessairement mon affaire, c’est tout de même une série dont les 45 premiers tomes m’ont rendue plus heureuse qu’ils ne m’ont déçue.

2018, tu m’as apporté un lot de rides et de nouveaux cheveux blancs, des traces d’une histoire qui ne s’écrit pas toujours selon le scénario que nous avions prévu. Une longue année dont il me reste à balancer le bilan pour m’assurer de fermer le livre avec un surplus dans la colonne des gains. Je te laisse tout de même partir avec des beaux souvenirs qui paraissent encore plus grandioses à côté des difficultés. Tu m’auras donné toute une «ride» de montagnes russes.

2019, j’ai envie de te dire : enfin, il était temps que tu arrives ! J’attendais le changement de chiffre avec impatience. Mais en même temps, je ne te mets pas de pression. On va partir en douceur, sans plans, et tourner les pages une à une. Je ne te mets pas la barre haute, c’est mon cadeau à moi-même pour fêter ton arrivée : entrer dans la nouvelle année sans attente. Que penses-tu de l’idée ? J’aime penser que si notre seul but est de profiter du meilleur que chaque jour aura à nous offrir, nous ne pourrons qu’être satisfaits. C’est un plan qui me fait me sentir incroyablement libre. Ensemble, je pense qu’on va bien s’en tirer.

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Un gros cadeau juste avant Noël

Je ne sais pas si c’est la surprise d’une chanson entendue pour la première fois. Ou peut-être l’originalité des costumes, de tout ce rouge, des brillants et des grelots. Mais il y a quelque chose qui rend, année après année, le spectacle de Noël de mon école très émouvant. J’ai cherché à comprendre pourquoi arrive toujours un moment où ma gorge devient trop petite pour avaler, et ma vision déforme les élèves à travers le trop plein d’eau qui menace de déborder. En essayant de trouver la raison de cette émotion, j’en ai en découvert plusieurs.

Parce qu’en fait, c’est un crescendo de moments. Ce que les parents et amis voient le soir du spectacle n’est que la pointe d’un iceberg aux proportions insoupçonnées. La petite pointe qui peut n’avoir l’air de rien mais qui cache un processus que j’aurais aimé vivre à l’âge de nos élèves.

Il y a les semaines fébriles pendant lesquelles les notes des chansons se mélangent dans les corridors. Les enseignants sont un peu nerveux de trouver LA chanson parfaite pour leur classe. Les élèves excités chantent, mémorisent, créent des chorégraphies et des mises en scènes qu’ils seront heureux de présenter devant un public conquis d’avance. Dans ce joyeux chaos organisé, la collaboration est à l’honneur. On apprend à partager ses idées, mais aussi à accepter celles des autres.

Il y a la pratique commune au gymnase durant laquelle on teste le produit presque fini devant les autres groupes. Parfois, c’est le moment d’exaspération pendant lequel on découvre les failles d’un plan qu’on croyait parfait. Le temps commence à presser, la fatigue des vacances de Noël qui approchent se fait sentir. On apprend que ce n’est pas parce qu’une idée fonctionne moins bien qu’elle n’est pas bonne, et qu’il arrive qu’il est nécessaire de se retrousser les manches pour fournir le petit effort de plus qui nous rendra finalement si fier.

Il y a la répétition générale. Tous les élèves de la maternelle à la sixième année s’entassent dans des autobus avec leurs enseignants pour se rendre au centre-ville. C’est par la porte des artistes qu’ils font leur entrée dans les coulisses de la magnifique Salle J.A-Thompson où ils se produisent le soir venu. Ils vibrent d’excitation. Assis dans les bancs de velour rouge, c’est le seul moment où ils peuvent voir le spectacle en entier avec la même perspective que leurs parents. Ce soir, ils seront cachés derrière les rideaux. Pour l’instant, ils sont guidés sur comment bien se tenir devant un public, chanter fort pour projeter leur voix, cohabiter sur la scène avec d’autres amis tout en gérant leur trop plein d’énergie, et rester concentrés sur leur numéro malgré les éclairages, les micros et les techniciens qui gravitent autour d’eux.

Arrive enfin le grand moment. Les parents nous confient leurs petits artistes les yeux pleins d’étoiles. Avec toute la candeur propre à l’enfance, les élèves complimentent leurs enseignants qu’ils voient rarement en tenue de soirée. Les lumières s’éteignent dans la salle, un frisson d’excitation envahie les coulisses, et le premier numéro de la soirée est lancé. Tour à tour, les groupes se succèdent, dansant et chantant avec cœur en français, en anglais et en espagnol. Les enseignants postés au coin de la scène guident leurs élèves les yeux brillants de fierté devant les efforts déployés par chacun d’eux. Le temps d’une soirée, la magie du temps des fêtes habite dans cette salle du boulevard Des Forges. Avoir la chance de faire partie de ce moment me donne l’impression de recevoir un gros cadeau juste avant Noël.

Est-ce que le spectacle est excellent ? La réponse est dans les yeux de chaque spectateur présent. Est-ce que tout se déroule à la perfection ? Autant que c’est possible avec autour de 200 enfants cachés en coulisses. La soirée est une succession de numéros performés par des enfants amateurs âgés entre 5 et 12 ans dans un contexte de spectacle d’école. Et pourtant… mission accomplie, c’est magique. Ce qui est parfait, ce sont les souvenirs imprégnés en chacune de ces petites personnes et que seule cette soirée peut créer. Ce sont les habiletés développées, comme l’aisance à prendre la parole en publique. Ce sont les sourires des familles qui se retrouvent au foyer après la soirée. Les enfants aux joues roses de fatigue quittant la salle avec un parent, ou un fier grand-parent, main dans la main. C’est l’esprit de communauté d’une grande famille de visionnaires réunie Rockin’around the Christmas Tree, rêvant d’un Noël Blanc en se souhaitant Feliz Navidad.

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Un enfant veut pas de conseil de ses parents sur l’amour

Nos enfants vieillissent et frappent à la porte du monde des adultes. Je me questionne souvent sur les outils que je les ai aidé à développer. C’est drôle parce que de tous les aspects auxquels ils vont être confrontés ; les études, le travail, leur mission dans la vie, celui qui me chicotte le plus c’est l’amour. Celui qu’ils vont partager avec une autre personne. Ça me chicotte parce que je sais que j’aurai pas de réponses à toutes leurs questions. Que comme pour la majorité des expériences de leur vie, ils vont devoir en naviguer des longs bouts par eux-mêmes. Je sais aussi que des enfants ça veut pas de conseils de leurs parents sur l’amour. Mais j’aimerais ça leur en donner quand même. Parce que je trouve qu’on a fait une pas pire job.

J’aurais envie de leur dire…

Que je ne t’ai pas cherché. Que tu es apparu à mes côtés aux moments où ça devait être ainsi. Destin. Destiné. Hasard. Bonne étoile. Les gens peuvent utiliser le mot qu’ils veulent, ça m’est égal. Pour moi, c’est le ressenti qui importe. Un jour en particulier où l’air avait un goût plus sucré qu’à l’habitude. Où les gros flocons qui tombaient autour de notre câlin étaient plus blancs que cinq minutes avant et descendaient plus doucement, comme pour se poser sans bruit et éviter de nous déranger.

Que je ne t’ai pas demandé de me compléter. Que ça, c’est ma job à moi. D’être complète pour avancer et m’accomplir dans la vie sans attendre que tu sois celui qui me fournisse ce qui me manque. Je ne t’ai pas non plus donné une partie de mon cœur, et je ne t’ai pas demandé un morceau du tien. Te regarder être maître de ta vie et de choisir de le faire sur le même chemin que moi, ça fait partie de ce qui me rend heureuse mais ce n’est pas l’unique raison de mon bonheur. Même si c’est vrai que mon nom a une vibration différente quand c’est toi qui le dis.

Que je n’ai pas peur de te perdre. Parce que pour ça, il faudrait que tu m’appartiennes, comme une chose. Ma femme, mon mari, c’est des expressions populaires que tout le monde utilise et comprend. Moi, j’aime savoir que je suis la femme dans ta vie et que tu es l’homme dans la mienne. Que ce n’est pas un titre de propriété mais un choix commun ravivé chaque jour. Même quand nous sommes physiquement aux opposés de la planète, j’aime sentir ma tête et mon cœur libres de doutes, légers de confiance.

Que je ne t’ai pas choisi. Ça voudrait dire que j’ai considéré d’autres options. Nous avons choisi dans un accord commun de vivre nos vies ensemble. Je n’aime pas les définitions de l’amour dans le dictionnaire, pas plus que je crois qu’il y a un secret, ou une recette à suivre. Pour moi c’est une danse de sentiments comprise par les partenaires qui la dansent seulement. Notre rythme, notre décor, nos pas. Quand des bouts de la chorégraphie sont plus difficiles pour un, c’est l’autre qui prend le relais jusqu’à ce que le timing revienne. J’aime penser que sans jamais l’avoir fait pour un auditoire autre que nous, on donne tout un spectacle. Plus qu’hier, moins que demain? J’aime mieux juste le faire aujourd’hui comme il faut.

Que je ne t’ai pas donné non plus la mission de me rendre heureuse. Pas plus que tu ne l’exiges de moi. Pis que ça c’est vraiment important. Se raconter nos bonheurs, c’est une de nos forces. Les tiens, les miens et ceux qu’on a en commun. On les compare pas, on les compte pas, il n’y a pas de jalousie ou de compétition. Être capable de simplement se réjouir quand ça va bien pour l’autre, ça fait longtemps qu’on est des pros dans le domaine. Parce que s’il fallait qu’un jour on décide que nos vies n’avancent plus vers les mêmes destinations, on partirait chacun avec le bonheur de l’autre. Ce serait vraiment poche.

Tu vois, c’est ça que j’aurais envie de dire à nos fistons. Qu’être en amour, c’est d’abord «être». Être entier pour entrer complet et fort dans une relation. Pis qu’une peine d’amour ça peut arriver à tout le monde mais que c’est tout ce que c’est. Une peine. Que si on s’aime en premier, de la bonne façon, on s’en remet. Et que quand on fait un bout de chemin avec une autre personne qui s’aime aussi en premier, de la bonne façon, le voyage est magnifique.

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L’art d’être craquée

Je suis craquée. Au milieu de la quarantaine et plus que jamais je le ressens. J’ai l’intérieur fêlé, fragile. Ce n’est pas une plainte, et je n’ai pas le besoin de me faire demander ce qui ne va pas. En fait, tout va et rien ne va en même temps. Je suis simplement prête à enlever mon costume de «fille forte pleine de projets pour qui tout est facile». Chaque jour et de plus en plus fort, j’ai envie de me redonner le droit d’être moi avec toutes mes parfaites imperfections. J’ai besoin de gentillesse, de douceur, de ralentir le temps.

J’avais choisi ce costume, il ne m’a jamais été imposé. L’orgueil mal placé me dictait qu’il vallait mieux faire semblant d’être forte jusqu’à y croire plutôt qu’admettre être vulnérable. Être forte devant la famille, devant les enfants, au travail. Dans une société axée sur la performance, j’ai fait des choix sans me respecter pour sauver les apparences. Pendant plus d’une décennie, j’ai multiplié mes participations à divers défis sportifs. J’ai surveillé mon alimentation, je me suis bien entraînée et mon corps était en pleine forme. Je me suis aussi investie dans divers projets. Devenue la reine de la gestion d’agenda chargé dans lequel il n’y avait aucune case vide mais toujours de la place pour y ajouter un petit quelque chose, j’ai simplement fini par me perdre. Éparpillée mentalement et émotionnellement, j’ai oublié le fameux principe de la qualité avant la quantité.

 Depuis plus d’une année maintenant, je suis à restaurer mon fragile équilibre. Je reviens à l’essentiel. Le plus grand lâcher-prise dans ma nouvelle aventure ne concerne même pas les projets auxquels j’ai choisi de mettre un terme. Le plus difficile est d’oser aller à l’encontre des attentes des autres envers moi. L’attente du prochain projet, du nouveau défi, du fait que je ne pourrai pas selon certains rester tranquille bien longtemps. Pourtant, tranquille, je le suis de plus en plus.

 C’est en m’arrêtant plus souvent que j’ai découvert mes craques. Je suis remplie de morceaux rafistolés, résultat des bouts de vie plus difficiles passés sous silence, des peines, des deuils, du manque d’assurance qui épuise et des choix faits sans m’écouter. Ce n’est rien de rare, en fait je crois même que c’est assez répandu chez l’humain. En prendre conscience a simplement réveillé un grand instinct protecteur en vers moi-même, l’envie folle de faire du bien à mon corps et ma tête pour que mon âme ait envie d’y demeurer, calme et heureuse, longtemps.

Un article sur l’art du kintsugi a attiré mon attention récemment. C’est une philosophie japonaise dont le nom veut dire “réparation en or” et qui consiste à littéralement réparer un objet cassé avec de l’or liquide ou une laque recouverte de poudre d’or. Cet art prend en compte le passé de l’objet, son histoire et donc les accidents éventuels qu’il a pu connaitre. Le fait qu’une pièce de céramique soit cassée ne signifie pas sa fin ou sa mise aux poubelles, mais un renouveau, le début d’un autre cycle et une continuité dans son utilisation. Il s’agit donc de ne pas cacher les réparations, mais de les mettre en valeur avec fierté.

 Cette découverte m’a profondément émue. L’idée me plaît de mettre fièrement les cassures à l’avant plan pour ce qu’elles sont, des expériences qui m’appartiennent et qui ont modelé qui je suis aujourd’hui. J’aborde avec curiosité ce renouveau, la continuité de ma vie en constante transformation. À partir de maintenant, j’ai une nouvelle image pour la personne usagée que je suis, celle d’une oeuvre d’art à chérir comme un trésor.

 

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information et image « kintsugi » : lifegate.com

 

Pourquoi je ne serai pas un carré noir

Chère communauté facebookienne,

Je t’écris pour te dire que je ne serai pas un carré noir durant le grand blackout féminin. À la lumière de tout ce qui est en train de se passer sur la planète, je ne serai par contre pas muette.

Je comprends le fondement et les raisons du mouvement, et je le respecte profondément. Je ne vous dirai pas que je n’ai jamais reçu de «câlins» innapropriés ou de gestes inadéquats non-sollicités de ma part. Mais je me suis cachée une grande partie de ma vie par manque de solidité et de confiance en moi et si j’ai décidé un jour que c’était fini, ce n’est pas pour retourner dans l’ombre cette fois-ci.

Chacun et chacune doit pouvoir choisir dans le respect sa façon de faire partie de ce qui, je l’espère, est un point tournant pour l’humanité. Je choisis de prendre la place qui me revient. Je garde bien affichée ma photo de profile où je traverse en triomphe le fil d’arrivée de mon premier Ironman. Elle crie haut et fort que je si j’ai pu vaincre les montagnes Adirondacks pour conquérir Lake Placid, je suis assez forte pour tenir tête à tout agresseur potentiel. Cette photo vient avec la promesse d’aider au meilleur de mes capacités et de ne jamais fermer les yeux sur une agression envers tout autre être dont je serai témoin. Je choisi l’action. C’est pour moi la meilleure façon de sentir que je contribue au changement.

Je peux faire cette promesse grâce à une liste d’hommes merveilleux qui embellissent mon quotidien. Des hommes qui m’ont toujours fait sentir en sécurité et qui ne marchent pas devant moi pour me protéger de tout, mais qui avancent à mes côtés pour me faire sentir égale et forte.

Hugo. Dany. Jacques. Franck Anthony. Luc. Angus. Claude. Ted. Sébastien. Éric. Jean-Sébastien. Patrick. Yanik. Benoit. Marc. André. Et plusieurs autres, dans l’ordre et le désordre. Il y a une liste tout aussi formidable de femmes de coeur.

Aujourd’hui, je serai assise dans une estrade à regarder évoluer mes deux garçons dans leurs équipes de football et je vais crier haut et fort. Je ne serai pas vêtue de noir, je vais m’éclater. Je vais les encourager de tout mon cœur de mère, comme je les encourage depuis leur naissance à devenir des êtres humains respectueux, des hommes qui feront partie de cette marée de changement plus que dûe dans nos comportements sociaux. Ils ont été entourés depuis l’enfance d’hommes assez forts et confiants pour ne pas avoir besoin de rabaisser les autres pour se sentir bons. Je ne peux promettre avec certitude qu’ils sont à l’abri de tous comportements répréhensibles, mais j’ai les yeux et le cœur à l’affût.

En cette période émouvante et déstabilisante, je refuse d’être triste.

Je n’ai pas envie de noirceur, j’ai envie de lumière.

Je suis Nathalie Sanfacon et je choisi de briller.