Un 9 novembre

Vendredi soir. Un 9 novembre. Je ne me rappellerai probablement pas toujours de la date, mais ce sera difficile d’oublier l’expérience. Elle met en vedette un groupe de parents collés serrés sur des estrades de football et deux équipes de jeunes guerriers sur le terrain avec un but commun. Gagner la demie finale pour accéder au championnat.

Pour certains, nous n’aurions pu avoir pire température. Pourtant, assise devant l’action, je me répète sans cesse combien c’est féérique. J’ai l’impression que la partie se déroule dans une boule à neige qu’un enfant aurait bien brassée. L’air est vif et tous les espoirs sont permis.

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Je dis toujours à mes garçons que l’équipe devant eux n’est pas composée d’ennemis. Que de l’autre côté du tableau indicateur vit une petite société semblable à la leur, formée de jeune au désir de gagner et de parents qui les accueilleront après la partie pour célébrer leur victoire ou les consoler dans la défaite. Ce soir l’enjeu est grand et la neige incessante rend la tâche difficile pour les deux groupes. C’est une soirée qui ressemble à Noël et j’ai envie de croire en la magie. De croire à notre victoire.

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Elle n’est toutefois pas pour nous cette année. À l’issue d’une saison remplie d’émotion et de fierté, nos gladiateurs concèdent à leurs rivaux l’accès à la finale. C’est la défaite. Celle qui ne s’avale pas, qui roule dans le fond de la gorge et rend muette, celle qui frappe au corps jusqu’à le faire trembler et qui ruisselle sur les joues une fois que la réalisation s’installe au fond de l’estomac, lourde. Et dans l’énorme boule à neige, je regarde mon fils. Je sais qu’il a mal. Le sang coule de ses genoux, il a une main bleue et enflée, mais c’est derrière le numéro 14 sur son chandail que ça se passe. Dans sa poitrine déjà coffrée pour un jeune de quinze ans, c’est son grand cœur qui encaisse la douleur. Et ça, en tant que maman, je sais que c’est difficile à soigner.

Il rejoint ses co-équipiers pour serrer la main de ceux qui continueront une semaine de plus. Il est droit, fort, et il transmet à chaque joueur adverse le respect qu’il voue à un athlète de son sport bien-aimé, une poignée de main à la fois. Et je réalise que je crois encore à la magie. Je crois aux hommes que ces joueurs sont en train de devenir à coup d’efforts, de travail acharné, de sacrifices, de saisons de football, de défaites. La magie ce soir, c’est de les regarder se réconforter les uns les autres, revêtus de leurs armures, et de savoir le potentiel incroyable qui se trouve en chacun d’eux. Je crois, même le coeur gros, que c’est sain qu’ils aient mal ce soir. C’est un moment important dans le processus. Leur vie commence et ils sont déjà forts. J’ai confiance en ce qui s’en vient pour eux.

Mon fils, je t’encourage à rester sur le sentier le plus ardu et non à chercher la facilité. Oui tu devras y travailler plus fort, les sacrifices seront plus grands, perdre sera douloureux, mais je te promets surtout que c’est là où les victoires auront meilleur goût et où tu créeras tes souvenirs les plus mémorables.

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Quand ça « clique » c’est magique

– Tu pars en Guadeloupe rejoindre des gens que tu ne connais pas ?

– Oui… on s’écrit depuis trois ans via Facebook.

– Ok. Mais Nath, si ça « clique » pas entre vous ?

– Ce seront quatre longues journées. Mais si ça « clique », ça risque d’être merveilleux !

J’avais reçu une invitation de Valérie l’an passé à participer à sa première édition de l’aquathlon féminin dans le cadre d’octobre rose pour la recherche et prévention du cancer du sein. Vie, travail, famille, tralala, je ne suis pas allée. Mais comme très souvent dans ma vie, l’idée était semée dans mon cerveau et elle commençait à germer.

Avance rapide, un an plus tard. La deuxième édition est prévue pour le dimanche 28 octobre 2018. Valérie est la présidente du club Alpha Triathlon de Saint-François, elle m’invite à nouveau. On échange, on partage nos idées sur le sport amateur et comment inciter les femmes débutantes à oser faire le premier pas pour prendre soin d’elles, sur l’accessibilité pour tous au triathlon, et la notion de performance versus plaisir. Je me sens de plus en plus fébrile. Je serai sur la ligne de départ. Attend moi Guadeloupe, j’arrive !

Il faut oser provoquer les occasions. J’ouvre la porte à donner une conférence la veille de l’événement et une belle équipe se manifeste pour prendre le tout en main. J’atterris à 13h30 sur l’île et à 19h je m’adresse à un groupe d’humains chaleureux et magnifiques. Quelques heures à peine en Guadeloupe et je me sens déjà en famille. Aie le courage d’ouvrir ton cœur, il y a partout des humains extraordinaires prêts à t’ouvrir le leur. Comme Marine, Axel et Julio du réseau Doxa.

Événement de l’Aquathlon des Roses de Porcelaine, dimanche matin sur la plage. Natation dans la baie de Saint-François et course ou marche autour de la marina. Pour la petite ville, c’est un franc succès : 180 femmes en rose, tous sourires, unies autour d’un même but. Le moment est festif et de toute beauté. En compagnie de nouveaux visages je nage, je cours et je prends le temps de tout regarder pour faire le plein d’images et de souvenirs. Je me pince un peu. Moi, la fille de Trois-Rivières, je suis vraiment là en train de vivre ce moment. Il y a des jours où j’ai l’impression que ma vie est irréelle.

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Puis, deux journées. Rien que ça et tout ça à la fois. Une succession de découvertes d’endroits merveilleux : Port-Louis, la Porte d’Enfer, la Pointe de la Vigie, le cimetière de Morne-à-l’Eau, la Cascades aux Écrevisses, la petite rivière du Bras David, Sainte-Anne, les Basses-Terres. Une collection de mets locaux des plus savoureux : purée de papaye ou de banane verte, madère, cassave, lambi, cassolette de chatrou, ouassous. Des heures et des heures de discussions, de fous rires, d’échanges remplis de curiosité et d’ouverture. Comment ça se passe chez-vous ? Voici ce qu’on fait chez-nous. Ose t’intéresser aux autres et à leur vie, il y a des gens qui te feront une place dans la leur. Comme Valérie, Marie, Yannick, Christophe et Emmanuelle.

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De retour chez-moi après une escapade qui semble trop courte pour tout ce qui s’y est produit. Je sens encore la chaleur et la mer, j’entends encore les grenouilles qui sifflent toute la nuit. Surtout, je vis le choc du contraste entre une population qui se réjouit de tout et de peu, et nous qui sommes souvent tellement exigeants et difficiles à contenter. Quelle belle journée ! Pourquoi se préoccuper de demain ? Nous y arriverons de toute façon si Dieu le veut.

Pour l’accueil, la générosité, l’expérience et les apprentissages, une partie de mon cœur appartient désormais à la Guadeloupe. Parce que quand ça clique, c’est magique. Un autre bel extra dans mon ordinaire.

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À quoi ça sert un cross country d’école ?

À quoi sert un cross country d’école ?

Je fais partie de ces personnes privilégiées qui ont la chance de vivre des moments fantastiques sur une base régulière. Mon lieu de travail est souvent le théâtre d’instants magiques forts en émotions. Le cross country annuel de la fin septembre en est un exemple. Depuis neuf ans, c’est ma journée coup de cœur dans notre calendrier scolaire.

Mais à quoi peut bien servir un cross country d’école ?

Je crois qu’il y a deux réponses à cette question.

Si on veut, on peut y aller avec la réponse très courte : ça sert à rien. En plus on prend du temps qui pourrait être utilisé pour un cours de résolution de problèmes mathématiques par exemple, ou pour une dictée.

Personnellement, je préfère la longue réponse.

Voilà, ce à quoi je crois que ça sert :

– à permettre aux enfants de se connaître un peu plus à chaque entraînement, à entendre leur souffle s’accélérer et leurs cœurs battre. À oser sortir de leur zone de confort et à apprendre que l’effort finit toujours par payer ;

– à mesurer le chemin parcouru entre le moment où ils se fixent un objectif et la journée de l’événement où ils mettent en pratique ce qu’ils ont gagné à la sueur de leur front. On change pendant le processus, on devient meilleur et on fait grandir son sentiment de fierté. Courir ne dépend que de ceux à qui appartiennent les jambes, on ne peut rien déléguer. Donc, au bout de la course, tout le mérite leur revient ;

– à mettre les enfants dans une situation potentielle de défaite. La possibilité de ne pas être capable de terminer est réelle. Si on a une mauvaise expérience, c’est tout ce que c’est. Une mauvaise expérience. Pas une mauvaise vie. Parce que si on a jamais subi de petits échecs pour se pratiquer quand on est jeune, on manque d’outils pour gérer les échecs de grands. Je pense qu’il est important de voir qu’on y survi, qu’il y a des façons de rebondir, et que ce qu’on y apprend peut souvent être plus grand que ce qu’on croit avoir perdu.

Surtout, ça sert à comprendre combien faire de son mieux et donner son 100% est important, toujours. Qu’il faut viser de battre tout d’abord la petite voix dans leur tête qui leur dit qu’ils n’y arriveront peut-être pas. Puis, qu’il faut essayer de se battre eux même et ensuite de battre les autres. Mais que malgré tous les efforts fournis, monter sur le podium n’arrivera qu’à quelques petits coureurs et qu’il y a de fortes chances qu’ils ne gagnent pas la course.

Mes deux fils ont eu la chance de vivre chacun huit courses cross country au cours de leur passage scolaire, de la prématernelle à la 6e année. Maintenant en fin de secondaire et au cégep, ils gardent de précieux souvenirs des entraînements en forêt pendant leur cours d’éducation physique. Ils ont appris avec leurs enseignants à s’entraider, à encourager d’autres collègues de classe et surtout à féliciter avec honnêteté les coureurs qui ont terminé leur course devant comme derrière eux.

Travailler fort. Être inconfortable. Avoir la trouille. Se faire un plan. Arriver à l’accomplir, ou pas. Vivre une déception. Pleurer de fierté et d’effort.

Ces apprentissages importants ne sont encrés profondément que lorsqu’ils sont vécus. Rien de tout ça ne s’apprend dans un livre. Je suis convaincue que plus on y a accès jeune, mieux on peut les mettre en pratique dans toutes les sphères de notre vie : études, emploi, vie sociale et familiale, défis personnels. Si je demandais à un de mes fils s’il se souvient de la dictée de quatrième année pour laquelle il a obtenu 17 sur 20, je sais que la réponse serait « pas du tout ». Par contre, combien il était déçu d’être tombé en glissant dans une flaque de boue, ça il s’en souvient. Combien il était fier d’avoir le record de vitesse de la maternelle à la deuxième année, oui. Combien il a été ému de voir terminer des amis qui avaient eu des coups durs à surmonter, définitivement. Une portion de qui ils sont aujourd’hui est attribuable à leur expérience de course, bien encadrée, dans la sécurité de leur environnement scolaire.

Entendu cette année dans la salle des enseignants quelques minutes avant l’événement :

« Gang, ça y est! Nos élèves ont travaillé fort encore cette année. Souvenez-vous que le câlin que vous faites au dernier coureur doit être aussi important que celui que vous faites au premier. »

« On le sait et on le fait déjà Coach, mais merci de t’assurer qu’on ne l’oublie jamais. »

Et la table était mise pour une autre édition de course extraordinaire, riche en moments émouvants.

À quoi ça sert un cross country un jour d’école ?

À enseigner à tout un groupe d’enfants ce qu’aucun long problème écrit ne saurait leur apprendre : se rapprocher de la meilleure version de leur petite personne. Un pas à la fois. Un battement de cœur à la fois. Un fil d’arrivée à la fois.

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Deux parties de football et des chiffres

Mes fistons,

Assister à vos deux parties de football ce samedi m’a remplie de bonheur et de fierté. Une grande fierté bien indépendante des résultats au final. Une victoire et une défaite, ça c’est le vocabulaire du sport basé sur les chiffres au tableau indicateur. Il y a aussi tout l’important invisible, celui sur lequel on ne met pas assez d’emphase à mon avis. Et j’ai envie de vous en parler.

Xavier, j’ai envie que tu saches que même si tu fais des bons coups, ce que j’aime le plus de toi c’est comment tu me racontes ce que tes coéquipiers ont fait de beau. Au nombre de joueurs sur le terrain et à la vitesse que les jeux s’exécutent, je ne vois pas tout. Ta description des prouesses des autres est riche de l’appréciation que tu ressens pour eux. Cultive et fait grandir cette délicatesse qui fera de toi un homme que les gens inviteront dans leur équipe avec plaisir. Être bon n’est qu’une étiquette vide de sens si l’humain sur lequel on l’appose manque de valeur. Il faut être fort dans une cohorte de gladiateurs pour se permettre d’être gentil, et je crois que tu possèdes cette force. Utilise là souvent.

Isaac, j’ai envie que tu saches combien j’apprends de ton optimisme inspirant. Après une défaite difficile, tu es venu vers nous en souriant. Tu aurais aimé un résultat différent compte tenu de l’effort, c’est normal, mais tu as su extraire de la déception des apprentissages importants d’une justesse très mature pour un adolescent de ton âge. Tu as ce don de faire briller les autres autour de toi et en vieillissant, tu prends de plus en plus la place qui te revient. Faire partie d’une équipe, c’est célébrer tes victoires personnelles et savoir le travail qu’il te reste à faire, tout en restant conscient que tu es une partie d’un tout. En gagnant ou en perdant. C’est un équilibre subtil qui peut causer des frustrations s’il n’est pas bien géré mais tu le fais à merveille. Je te prendrais dans mon club n’importe quand !

Un touché et un converti donnent 7 points. L’accumulation de ces points donne la victoire. C’est vrai. Mais vous me connaissez depuis toute votre vie, assez pour savoir les chiffres qui m’animent le plus. Les plus importants. Deux équipes de football, leurs adversaires et leurs supporteurs, ça fait beaucoup de gens le cœur battant réunis au même endroit. C’est un nombre incalculable d’efforts, de sourires, de cris d’encouragement et de tapes dans le dos. Un nombre impressionnant de gestes qui font toute la différence entre l’humain et de simples statistiques. Je suis très reconnaissante que vous me permettiez de vivre ces moments forts en émotions et en apprentissages. Et je suis une mère bien fière chaque fois que je réalise que dans cette foule magnifique, il y a deux de mes humains préférés.

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Être utile

Est-ce que ça existe vraiment la «mission de vie»? Parce que si c’est vrai, je me questionne souvent sur la mienne en vieillissant. Qui je suis pour moi-même et pour les autres, qu’est-ce que je suis venue faire sur la terre, est-ce que je suis sur mon «X»?

Parce que tout évolue à une vitesse étourdissante autour de nous. Les technologies sensées nous simplifier la vie nous apportent des nouvelles sources de stress. Le monde virtuel capable de nous relier aux gens qui sont loin nous isole de ceux qui sont à côté de nous. Malgré toute cette évolution, cette innovation, et derrière toute cette ébulition, nous sommes encore là. Je me demande souvent quelle sera la place de l’humain dans tout ça. Existera-t-il toujours un équilibre entre la technologie et les coeurs qui battent? Serons-nous encore la matière première de la vie?

Je l’avoue, je suis une romantique nostalgique de la beauté tangible. Le poids d’un roman entre mes mains et l’odeur de l’encre sur la papier me procurent un sentiment de bien-être profond que jamais une liseuse électronique ne saurait remplacer. M’asseoir pour écrire une lettre ou une carte à la main, et l’excitation de la poster pour surprendre quelqu’un est un petit bonheur qu’aucun courriel ne pourrait égaler. Prendre le temps, avec un bon café, de simplement regarder un coucher de soleil me fait me sentir tellement connectée à la terre et à la vie qu’aucune séance de voyeurisme facebook n’arriverait à m’arrimer autant au moment présent. Dans quelques générations d’ici, est-ce que tout ça sera encore possible?

Le 26 août était l’anniversaire de mon grand-père, il aurait eu 101 ans. C’était un poète qui sans même avoir fréquenté l’école plus loin que ses quatorze ans, a publié neuf recueils de poésie et d’histoires. Sa plus grande source d’inspiration venait des humains de son village de bord de mer et de toutes leurs expériences de vie. Il a été mon correspondant pendant de nombreuses années. Suite à son décès, j’ai mis des mois à arrêter d’attendre de trouver une lettre parmi les factures et les circulaires. Une lettre qui faisait de moi autre chose qu’un numéro de compte client. Une lettre qui donnait une importance à une fille souvent perdue simplement parce que quelqu’un avait pris le temps de s’asseoir pour écrire chaque mot pour elle. Des mots à l’encre noir qui avaient ensuite parcouru des milliers de kilomètres dans leur écrin cacheté et que je déballais comme un cadeau précieux. Un petit geste anodin, privé mais combien important dans mon univers.

J’ai décidé pour sa fête de partager un poème de Pépé publié en 1978. Parce que quarante ans plus tard, son questionnement toujours d’actualité me fait réaliser que j’ai envie que cette quête de sens ne disparaisse jamais. J’aime reconnaître l’importance de chaque personne qui touche ma vie. Et j’ai envie de savoir que mois aussi je suis utile.

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En sérieuse panne de désir

Au début du mois de mars, j’ai «tiré la plug» sur la course. Après plus de huit ans à user mes souliers dans tous les recoins de la ville et sur plusieurs circuits de la planète, j’en ai eu assez. Oui, moi. Madame Kilomètres, Madame Triathlon, Madame Projets, j’ai frappé un mur. J’en ai trop fait. Le matin où je me suis levée pour courir et que j’ai eu un haut-le-coeur, j’ai garroché mes runnings dans le fond de la garde-robe et j’ai pleuré. Je venais de casser avec la course et j’étais officiellement en peine d’amour.

Qu’est-ce que j’allais faire? Qu’est-ce que j’allais répondre à tous ceux et celles qui me demandent chaque fois qu’ils me croisent: «Et puis Nath? C’est quoi ton prochain défi? Tu t’entraînes pourquoi ces temps-ci?» Après tout, c’était moi la “fille qui court”, celle qui carburait aux projets et qui passait de l’un à l’autre au pas de course. Pourtant, sans que je le vois venir, j’étais devenue celle qui aimait l’idée de courir sans en avoir physiquement envie. J’étais passée d’une relation fougueuse à un amour platonique aux allures de vieilles amitiés usées. J’étais en sérieuse panne de désir.

Comme un ancien amant qu’on a profondément aimé, le souvenir de l’entraînement de course refaisait surface chaque fois que je croisais des coureurs. Un pincement au coeur, un ennui douloureux mais jamais assez fort pour retrouver la motivation de lacer mes souliers. Étrangement, un sentiment de culpabilité venait frapper à mon petit cerveau quand je voyais ma montre de course déchargée et abandonnée sur la tablette. Et la question qui me revenait sans cesse: est-ce que c’est pour toujours? Est-ce qu’on peut rallumer une flamme morte étouffée de l’avoir trop aimée?

C’est hot la vie. Parce que c’est durant cette période que j’ai enfin rencontré le yoga. Après quelques fréquentations timides et plusieurs rendez-vous sans coup de foudre, le déclic s’est produit. Une belle relation toute en douceur s’est installée, basée sur la gentillesse. Le partenariat facile qu’on nous décrit dans les magazines de fille mais qu’on croise rarement. Après presque cinq mois de pratique à raison de cinq à sept séances par semaine, l’harmonie revient doucement entre ma tête, mon coeur et mon corps. Je vis physiquement l’équilibre et j’aime profondément le nouveau sentiment de bien-être qui m’habite.

Et qui s’est réinvité doucement dans ma vie après cinq mois? L’entraînement de course. Mes souliers, les sentiers et moi, on a recommencé à se fréquenter depuis une dizaine de jours. En douceur et à mes conditions, puisque le yoga est là pour rester. C’est comme un genre de trip à trois sans crainte que ça finisse mal pour un des partenaires! Chacun son moment, chacun son objectif différent, avec comme seule conséquence un grand bonheur zen. Mon prochain défi? Pourquoi je m’entraîne ces temps-ci? Pour apprendre à m’aimer chaque jour et me sentir en vie. Je sais qu’une autre folle aventure va finir par se pointer le bout du nez mais je ne suis pas pressée. Après tout, je viens à peine de me réconcilier. Dans six mois? Dans deux ans? C’est pas important, je profite du ici et maintenant.

 

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Tant pis pour le temps, un pas à la fois dans le moment présent…

 

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Le bonheur arrive en bulles

«Tu ne peux pas être heureuse tous les jours Nath, ça prend des jours de merde. Les journées qui dérapent font apprécier encore plus les journées qui vont bien.» Ça, c’est une réflexion de l’ancienne moi, celle d’il y a quelques années. Celle qui existait avant. Avant l’apparition de l’envie folle de comprendre comment fonctionne ma vie. La Vie. Avant de comprendre pour vrai que le nombre de minutes dans une journée est trop limité pour toutes les perdre à ruminer sur les événements moches. Avant d’accepter de me laisser surprendre par le bonheur, souvent.

Il arrive d’où le bonheur? À force d’entendre le gens poser la question, et de me poser la question à moi-même, j’ai eu l’envie d’essayer d’y répondre un matin. J’ai réalisé que l’idée que j’en ai est naïve et enfantine. Pourtant s’il y a une fiche nutritionnelle des gens heureux, j’aime que ma façon de voir les choses me serve à combler mon pourcentage de l’apport quotidien recommandé en bonheur. Quand j’étais petite, j’aimais comme bien d’autres enfants sortir à l’extérieur pour souffler des bulles de savon. J’adorais les voir s’envoler et miroiter de toutes les couleurs dans la lumière. J’avais aussi énormément de plaisir à les pourchasser pour les faire éclater. Je me souviens de la satisfaction de réussir à produire une bulle géante, et du sourire que générait toute une grappe de bulles minuscules.

C’est comme ça qu’il arrive pour moi le bonheur, chaque jour, par bulles de tous les formats. Des petites bulles en forme de café avec une amie, d’un sourire sincère ou d’un lever de soleil magnifique. Des grosses bulles en forme de réalisation d’un nouveau projet, d’un cadeau inattendu ou d’un voyage en amoureux. Les bulles flottent autour de nous et passent leur chemin, attendant discrètement que nous prenions le risque de les faire éclater. Le risque?

Certainement. Puisque depuis que je me suis donné la mission de les faire exploser le plus souvent possible, j’ai dû apprendre à vivre avec la conséquence de mes actes. Je suis plus heureuse. Pas à temps plein, pas toujours pour longtemps, mais plus souvent. Le Bonheur et moi, on s’envoie un clin d’oeil régulièrement dans une espèce d’entente de relation non exclusive. J’ai aussi besoin d’un espace pour la peine, la déception, le doute et la frustration mais de moins en moins intensément. Je suis toujours à l’affût des instants de joie. Les bulles sont peut-être transparentes mais croyez-moi, j’ai l’oeil!

Alors si vous me le demandez, ne soyez pas surpris lorsque je vous répondrai que selon moi, le bonheur c’est simplement de «péter sa bulle» plusieurs fois par jour.

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