Deux parties de football et des chiffres

Mes fistons,

Assister à vos deux parties de football ce samedi m’a remplie de bonheur et de fierté. Une grande fierté bien indépendante des résultats au final. Une victoire et une défaite, ça c’est le vocabulaire du sport basé sur les chiffres au tableau indicateur. Il y a aussi tout l’important invisible, celui sur lequel on ne met pas assez d’emphase à mon avis. Et j’ai envie de vous en parler.

Xavier, j’ai envie que tu saches que même si tu fais des bons coups, ce que j’aime le plus de toi c’est comment tu me racontes ce que tes coéquipiers ont fait de beau. Au nombre de joueurs sur le terrain et à la vitesse que les jeux s’exécutent, je ne vois pas tout. Ta description des prouesses des autres est riche de l’appréciation que tu ressens pour eux. Cultive et fait grandir cette délicatesse qui fera de toi un homme que les gens inviteront dans leur équipe avec plaisir. Être bon n’est qu’une étiquette vide de sens si l’humain sur lequel on l’appose manque de valeur. Il faut être fort dans une cohorte de gladiateurs pour se permettre d’être gentil, et je crois que tu possèdes cette force. Utilise là souvent.

Isaac, j’ai envie que tu saches combien j’apprends de ton optimisme inspirant. Après une défaite difficile, tu es venu vers nous en souriant. Tu aurais aimé un résultat différent compte tenu de l’effort, c’est normal, mais tu as su extraire de la déception des apprentissages importants d’une justesse très mature pour un adolescent de ton âge. Tu as ce don de faire briller les autres autour de toi et en vieillissant, tu prends de plus en plus la place qui te revient. Faire partie d’une équipe, c’est célébrer tes victoires personnelles et savoir le travail qu’il te reste à faire, tout en restant conscient que tu es une partie d’un tout. En gagnant ou en perdant. C’est un équilibre subtil qui peut causer des frustrations s’il n’est pas bien géré mais tu le fais à merveille. Je te prendrais dans mon club n’importe quand !

Un touché et un converti donnent 7 points. L’accumulation de ces points donne la victoire. C’est vrai. Mais vous me connaissez depuis toute votre vie, assez pour savoir les chiffres qui m’animent le plus. Les plus importants. Deux équipes de football, leurs adversaires et leurs supporteurs, ça fait beaucoup de gens le cœur battant réunis au même endroit. C’est un nombre incalculable d’efforts, de sourires, de cris d’encouragement et de tapes dans le dos. Un nombre impressionnant de gestes qui font toute la différence entre l’humain et de simples statistiques. Je suis très reconnaissante que vous me permettiez de vivre ces moments forts en émotions et en apprentissages. Et je suis une mère bien fière chaque fois que je réalise que dans cette foule magnifique, il y a deux de mes humains préférés.

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Être utile

Est-ce que ça existe vraiment la «mission de vie»? Parce que si c’est vrai, je me questionne souvent sur la mienne en vieillissant. Qui je suis pour moi-même et pour les autres, qu’est-ce que je suis venue faire sur la terre, est-ce que je suis sur mon «X»?

Parce que tout évolue à une vitesse étourdissante autour de nous. Les technologies sensées nous simplifier la vie nous apportent des nouvelles sources de stress. Le monde virtuel capable de nous relier aux gens qui sont loin nous isole de ceux qui sont à côté de nous. Malgré toute cette évolution, cette innovation, et derrière toute cette ébulition, nous sommes encore là. Je me demande souvent quelle sera la place de l’humain dans tout ça. Existera-t-il toujours un équilibre entre la technologie et les coeurs qui battent? Serons-nous encore la matière première de la vie?

Je l’avoue, je suis une romantique nostalgique de la beauté tangible. Le poids d’un roman entre mes mains et l’odeur de l’encre sur la papier me procurent un sentiment de bien-être profond que jamais une liseuse électronique ne saurait remplacer. M’asseoir pour écrire une lettre ou une carte à la main, et l’excitation de la poster pour surprendre quelqu’un est un petit bonheur qu’aucun courriel ne pourrait égaler. Prendre le temps, avec un bon café, de simplement regarder un coucher de soleil me fait me sentir tellement connectée à la terre et à la vie qu’aucune séance de voyeurisme facebook n’arriverait à m’arrimer autant au moment présent. Dans quelques générations d’ici, est-ce que tout ça sera encore possible?

Le 26 août était l’anniversaire de mon grand-père, il aurait eu 101 ans. C’était un poète qui sans même avoir fréquenté l’école plus loin que ses quatorze ans, a publié neuf recueils de poésie et d’histoires. Sa plus grande source d’inspiration venait des humains de son village de bord de mer et de toutes leurs expériences de vie. Il a été mon correspondant pendant de nombreuses années. Suite à son décès, j’ai mis des mois à arrêter d’attendre de trouver une lettre parmi les factures et les circulaires. Une lettre qui faisait de moi autre chose qu’un numéro de compte client. Une lettre qui donnait une importance à une fille souvent perdue simplement parce que quelqu’un avait pris le temps de s’asseoir pour écrire chaque mot pour elle. Des mots à l’encre noir qui avaient ensuite parcouru des milliers de kilomètres dans leur écrin cacheté et que je déballais comme un cadeau précieux. Un petit geste anodin, privé mais combien important dans mon univers.

J’ai décidé pour sa fête de partager un poème de Pépé publié en 1978. Parce que quarante ans plus tard, son questionnement toujours d’actualité me fait réaliser que j’ai envie que cette quête de sens ne disparaisse jamais. J’aime reconnaître l’importance de chaque personne qui touche ma vie. Et j’ai envie de savoir que mois aussi je suis utile.

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En sérieuse panne de désir

Au début du mois de mars, j’ai «tiré la plug» sur la course. Après plus de huit ans à user mes souliers dans tous les recoins de la ville et sur plusieurs circuits de la planète, j’en ai eu assez. Oui, moi. Madame Kilomètres, Madame Triathlon, Madame Projets, j’ai frappé un mur. J’en ai trop fait. Le matin où je me suis levée pour courir et que j’ai eu un haut-le-coeur, j’ai garroché mes runnings dans le fond de la garde-robe et j’ai pleuré. Je venais de casser avec la course et j’étais officiellement en peine d’amour.

Qu’est-ce que j’allais faire? Qu’est-ce que j’allais répondre à tous ceux et celles qui me demandent chaque fois qu’ils me croisent: «Et puis Nath? C’est quoi ton prochain défi? Tu t’entraînes pourquoi ces temps-ci?» Après tout, c’était moi la “fille qui court”, celle qui carburait aux projets et qui passait de l’un à l’autre au pas de course. Pourtant, sans que je le vois venir, j’étais devenue celle qui aimait l’idée de courir sans en avoir physiquement envie. J’étais passée d’une relation fougueuse à un amour platonique aux allures de vieilles amitiés usées. J’étais en sérieuse panne de désir.

Comme un ancien amant qu’on a profondément aimé, le souvenir de l’entraînement de course refaisait surface chaque fois que je croisais des coureurs. Un pincement au coeur, un ennui douloureux mais jamais assez fort pour retrouver la motivation de lacer mes souliers. Étrangement, un sentiment de culpabilité venait frapper à mon petit cerveau quand je voyais ma montre de course déchargée et abandonnée sur la tablette. Et la question qui me revenait sans cesse: est-ce que c’est pour toujours? Est-ce qu’on peut rallumer une flamme morte étouffée de l’avoir trop aimée?

C’est hot la vie. Parce que c’est durant cette période que j’ai enfin rencontré le yoga. Après quelques fréquentations timides et plusieurs rendez-vous sans coup de foudre, le déclic s’est produit. Une belle relation toute en douceur s’est installée, basée sur la gentillesse. Le partenariat facile qu’on nous décrit dans les magazines de fille mais qu’on croise rarement. Après presque cinq mois de pratique à raison de cinq à sept séances par semaine, l’harmonie revient doucement entre ma tête, mon coeur et mon corps. Je vis physiquement l’équilibre et j’aime profondément le nouveau sentiment de bien-être qui m’habite.

Et qui s’est réinvité doucement dans ma vie après cinq mois? L’entraînement de course. Mes souliers, les sentiers et moi, on a recommencé à se fréquenter depuis une dizaine de jours. En douceur et à mes conditions, puisque le yoga est là pour rester. C’est comme un genre de trip à trois sans crainte que ça finisse mal pour un des partenaires! Chacun son moment, chacun son objectif différent, avec comme seule conséquence un grand bonheur zen. Mon prochain défi? Pourquoi je m’entraîne ces temps-ci? Pour apprendre à m’aimer chaque jour et me sentir en vie. Je sais qu’une autre folle aventure va finir par se pointer le bout du nez mais je ne suis pas pressée. Après tout, je viens à peine de me réconcilier. Dans six mois? Dans deux ans? C’est pas important, je profite du ici et maintenant.

 

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Tant pis pour le temps, un pas à la fois dans le moment présent…

 

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Le bonheur arrive en bulles

«Tu ne peux pas être heureuse tous les jours Nath, ça prend des jours de merde. Les journées qui dérapent font apprécier encore plus les journées qui vont bien.» Ça, c’est une réflexion de l’ancienne moi, celle d’il y a quelques années. Celle qui existait avant. Avant l’apparition de l’envie folle de comprendre comment fonctionne ma vie. La Vie. Avant de comprendre pour vrai que le nombre de minutes dans une journée est trop limité pour toutes les perdre à ruminer sur les événements moches. Avant d’accepter de me laisser surprendre par le bonheur, souvent.

Il arrive d’où le bonheur? À force d’entendre le gens poser la question, et de me poser la question à moi-même, j’ai eu l’envie d’essayer d’y répondre un matin. J’ai réalisé que l’idée que j’en ai est naïve et enfantine. Pourtant s’il y a une fiche nutritionnelle des gens heureux, j’aime que ma façon de voir les choses me serve à combler mon pourcentage de l’apport quotidien recommandé en bonheur. Quand j’étais petite, j’aimais comme bien d’autres enfants sortir à l’extérieur pour souffler des bulles de savon. J’adorais les voir s’envoler et miroiter de toutes les couleurs dans la lumière. J’avais aussi énormément de plaisir à les pourchasser pour les faire éclater. Je me souviens de la satisfaction de réussir à produire une bulle géante, et du sourire que générait toute une grappe de bulles minuscules.

C’est comme ça qu’il arrive pour moi le bonheur, chaque jour, par bulles de tous les formats. Des petites bulles en forme de café avec une amie, d’un sourire sincère ou d’un lever de soleil magnifique. Des grosses bulles en forme de réalisation d’un nouveau projet, d’un cadeau inattendu ou d’un voyage en amoureux. Les bulles flottent autour de nous et passent leur chemin, attendant discrètement que nous prenions le risque de les faire éclater. Le risque?

Certainement. Puisque depuis que je me suis donné la mission de les faire exploser le plus souvent possible, j’ai dû apprendre à vivre avec la conséquence de mes actes. Je suis plus heureuse. Pas à temps plein, pas toujours pour longtemps, mais plus souvent. Le Bonheur et moi, on s’envoie un clin d’oeil régulièrement dans une espèce d’entente de relation non exclusive. J’ai aussi besoin d’un espace pour la peine, la déception, le doute et la frustration mais de moins en moins intensément. Je suis toujours à l’affût des instants de joie. Les bulles sont peut-être transparentes mais croyez-moi, j’ai l’oeil!

Alors si vous me le demandez, ne soyez pas surpris lorsque je vous répondrai que selon moi, le bonheur c’est simplement de «péter sa bulle» plusieurs fois par jour.

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Je connais un super-héros

Il y a des personnes qui pour moi, par leur humilité et leurs actions, redéfinissent la vie. J’ai la chance depuis treize ans de côtoyer un homme fantastique qui a su donner, à ma famille et à moi-même, une nouvelle définition au mot super-héros.

Les dictionnaires définissent un super-héros comme un personnage aux pouvoirs extraordinaires combattant des menaces, possédant des pouvoirs surnaturels qu’il utilise pour faire le bien autour de lui. C’est un personnage fantastique doué de pouvoirs surhumains. Pendant longtemps c’est l’idée que j’en avais moi aussi. Jusqu’au jour où un vrai super-héros est entré dans ma vie par le biais de mes garçons.

Comme bien des mamans, j’ai dû un jour laisser partir mes enfants pour l’école avec un petit pincement au cœur. Graduellement, leurs histoires lors de nos discussions de fin de journée se sont mises à tourner autour des nouveaux amis, des activités scolaires, et de mes compétiteurs. Il y avait maintenant dans leur vie des adultes qui avaient raison plus que moi, dont les blagues étaient plus drôles que les miennes et les idées cent fois meilleures. Des enseignants… Parmi eux, une nouvelle idole. Le fameux Mister P dont les fistons parlaient avec des étoiles dans les yeux.

Au fil des années, les événements qui rassemblent et font faire naître des amitiés improbables lui ont ouvert les portes de notre vie familiale. C’est à ce moment que j’ai commencé à être personnellement témoin de son super pouvoir. Aucune arme, rien de surnaturel et pas de combat contre des méchants, simplement le pouvoir de changer des vies autour de lui avec un sens de l’humour facile et contagieux, d’un grand secours dans les moments inévitablement plus difficiles du passage scolaire des enfants. Il a un don impressionnant pour trouver et souligner le merveilleux dans chaque personne. En sa présence, tout le monde se sent meilleur. Il possède cette capacité rare d’élever les autres tout naturellement sans rien demander en retour.

Avec un leadership positif hors du commun qui donne le goût à tous ceux qui croisent son chemin de se dépasser, il est un symbole de succès par sa persévérance qui teinte le quotidien des gens qui le côtoient.

J’aime l’humilité de mon ami super-héros. Il n’a rien à voir avec les Spiderman ou Batman de notre enfance dont les exploits se retrouvaient à la une des quotidiens et des journaux populaires. Pas de « Pow ! »  « Zoom ! »  « Bang ! » S’il se met à l’avant plan, c’est pour y amener les gens avec lui. C’est un grand homme au cœur encore plus grand qui m’impressionne par sa discipline et son focus. Le 27 mai dernier sans cape et sans roulement de tambour, il franchissait envahi d’émotions le fil d’arrivée du marathon d’Ottawa avec un chrono lui permettant l’entrée du mythique marathon de Boston. J’étais aux premières loges de cet accomplissement, en compagnie d’un groupe d’amis avec qui nous étions venus participer aux différentes distances de ce week-end de course. Fatigué et encore ému de sa grande réalisation, il se souciait des autres en nous distribuant des félicitations et des accolades. Depuis, il s’est entraîné sans relâche en vue de l’importante journée à venir. Jamais il n’a fait sentir sa fatigue à ses collègues ou ses élèves, jamais il ne s’est plaint des inévitables petits inconforts, et il est demeuré discret sur les kilomètres qu’il cumulait par toutes les températures capricieuses de nos saisons québécoises.

Aujourd’hui dans la foule de coureurs à Boston, bravant la pluie, les vents et le froid, il y avait notre super-héros. Mon coeur n’a retrouvé son rythme normal qu’une fois certaine que sa détermination et ses jambes venaient de lui faire traverser la fameuse arche d’arrivée. Le temps qu’il lui a fallu ne sera pas la première discussion que nous aurons avec lui à son retour. Ces êtres d’exception ont un autre langage que les statistiques et les mots inutiles. Pour lui raconter tout ce que nous aurons ressenti, il faudra simplement un grand sourire et une accolade sincère; un langage de super-héros qu’il maîtrise à la perfection.

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Ottawa, 27 mai 2017, quelques minutes après le marathon qui lui ouvrait les portes de Boston.

 

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L’art d’être craquée

Je suis craquée. Au milieu de la quarantaine et plus que jamais je le ressens. J’ai l’intérieur fêlé, fragile. Ce n’est pas une plainte, et je n’ai pas le besoin de me faire demander ce qui ne va pas. En fait, tout va et rien ne va en même temps. Je suis simplement prête à enlever mon costume de «fille forte pleine de projets pour qui tout est facile». Chaque jour et de plus en plus fort, j’ai envie de me redonner le droit d’être moi avec toutes mes parfaites imperfections. J’ai besoin de gentillesse, de douceur, de ralentir le temps.

J’avais choisi ce costume, il ne m’a jamais été imposé. L’orgueil mal placé me dictait qu’il vallait mieux faire semblant d’être forte jusqu’à y croire plutôt qu’admettre être vulnérable. Être forte devant la famille, devant les enfants, au travail. Dans une société axée sur la performance, j’ai fait des choix sans me respecter pour sauver les apparences. Pendant plus d’une décennie, j’ai multiplié mes participations à divers défis sportifs. J’ai surveillé mon alimentation, je me suis bien entraînée et mon corps était en pleine forme. Je me suis aussi investie dans divers projets. Devenue la reine de la gestion d’agenda chargé dans lequel il n’y avait aucune case vide mais toujours de la place pour y ajouter un petit quelque chose, j’ai simplement fini par me perdre. Éparpillée mentalement et émotionnellement, j’ai oublié le fameux principe de la qualité avant la quantité.

 Depuis plus d’une année maintenant, je suis à restaurer mon fragile équilibre. Je reviens à l’essentiel. Le plus grand lâcher-prise dans ma nouvelle aventure ne concerne même pas les projets auxquels j’ai choisi de mettre un terme. Le plus difficile est d’oser aller à l’encontre des attentes des autres envers moi. L’attente du prochain projet, du nouveau défi, du fait que je ne pourrai pas selon certains rester tranquille bien longtemps. Pourtant, tranquille, je le suis de plus en plus.

 C’est en m’arrêtant plus souvent que j’ai découvert mes craques. Je suis remplie de morceaux rafistolés, résultat des bouts de vie plus difficiles passés sous silence, des peines, des deuils, du manque d’assurance qui épuise et des choix faits sans m’écouter. Ce n’est rien de rare, en fait je crois même que c’est assez répandu chez l’humain. En prendre conscience a simplement réveillé un grand instinct protecteur en vers moi-même, l’envie folle de faire du bien à mon corps et ma tête pour que mon âme ait envie d’y demeurer, calme et heureuse, longtemps.

Un article sur l’art du kintsugi a attiré mon attention récemment. C’est une philosophie japonaise dont le nom veut dire “réparation en or” et qui consiste à littéralement réparer un objet cassé avec de l’or liquide ou une laque recouverte de poudre d’or. Cet art prend en compte le passé de l’objet, son histoire et donc les accidents éventuels qu’il a pu connaitre. Le fait qu’une pièce de céramique soit cassée ne signifie pas sa fin ou sa mise aux poubelles, mais un renouveau, le début d’un autre cycle et une continuité dans son utilisation. Il s’agit donc de ne pas cacher les réparations, mais de les mettre en valeur avec fierté.

 Cette découverte m’a profondément émue. L’idée me plaît de mettre fièrement les cassures à l’avant plan pour ce qu’elles sont, des expériences qui m’appartiennent et qui ont modelé qui je suis aujourd’hui. J’aborde avec curiosité ce renouveau, la continuité de ma vie en constante transformation. À partir de maintenant, j’ai une nouvelle image pour la personne usagée que je suis, celle d’une oeuvre d’art à chérir comme un trésor.

 

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information et image « kintsugi » : lifegate.com

 

Publié dans Mes écrits | 5 commentaires

J’ai pas vu passer ça!

– T’as un beau teint Nath, tu l’as sûrement pas trouvé par ici dans le temps des Fêtes !

– Bin non, j’ai passé dix jours en Floride avec mes hommes.

– Ah ? J’ai pas vu passer ça ?

– Passer ?

– J’ai pas vu passer ça, sur Facebook !

C’est là où nous en sommes en 2018. Tout afficher sur notre mur Facebook est maintenant la norme, une attente de notre communauté virtuelle. Chaque fois, je souris. Avant, il fallait laisser un message sur le répondeur à cassette de la maison et attendre un retour d’appel. Maintenant, on peut rejoindre les gens instantanément où qu’ils se trouvent, même les suivre partout sur la planète. C’est tellement fou que notre vocabulaire est désormais parsemé de nouvelles questions et expressions qui n’auraient fait aucun sens il y a quelques années. «As-tu vu passer la dernière ?» «Tu me partageras ça. » «J’ai mis quelque chose sur ton mur, vas voir.»

Je suis perplexe. J’utilise graduellement Facebook comme un transport en commun. J’embarque. Je débarque. Je marche. Je covoiture avec des vrais humains. Je rembarque. Je fais des arrêts. Je suis sélective sur ce que j’y lis, et de plus en plus sur ce que j’y publie. Je comprends que ça fait partie de notre époque et de notre mode de vie moderne mais je me questionne. Par choix, j’ai terminé 2017 et commencé 2018 sans Facebook. Je n’ai même pas cherché à voir ce que les autres faisaient de leur côté. J’ai pris le temps de vivre en temps réel, non à travers un écran de quelques pouces carrés mais bien à travers mes yeux en format panoramique. Étrangement, je me suis sentie délicieusement délinquante. J’ai aimé.

Je ne suis pas en train de dire que vais quitter les médias sociaux. J’apprécie la possibilité de renouer des liens et de garder contact avec des gens que j’aime et qui sont trop loin pour pouvoir les côtoyer régulièrement. Quand une portion de notre vie professionnelle s’y trouve, s’en retirer complètement veut aussi dire mettre de côté une clientèle importante. C’est dans l’affichage des gestes du quotidien que j’ai envie de jouer de prudence, de doser. Je tente l’expérience de me filtrer, de prioriser la qualité sur la quantité, de miser sur le contenu plutôt que le contenant. «Less is more» comme diraient nos voisins du sud.

Je n’en lis désormais pas plus que j’en affiche. Ne m’en veux pas si je ne suis pas au courant de la cuisson de ton dernier steak, de ta montée de lait politique ou de ta frustration contre l’air bête de la caissière à l’épicerie. J’aime l’idée que lorsque je te rencontrerai, nous pourrons avoir une vraie conversation. Nous nous poserons des questions, nous aurons des réponses, nous nous surprendrons et ce que nous échangerons créera une connexion. Authentique. Vraie. Pas de wi-fi, pas de Bluetooth, une connexion du cœur. Je préfère l’expression de tes yeux et le son de ta voix aux quelques lignes lues sur un écran froid. La prochaine fois que nous nous croiserons, il y a fort à parier que la réponse à une des questions que tu me poseras sera: «Bin non, j’ai pas vu passer ça !»

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