Il était un petit navire

4 mai 2018 en plein milieu de la nuit, ma vie familiale bascule.

Ma mère subit un AVC important. Le trajet en voiture jusqu’à chez elle dans le brouillard pour y rejoindre les ambulanciers est le point de départ d’une année tourbillon. Des interventions et des jours dans un hôpital de Québec. Des semaines dans celui de Trois-Rivières. Des mois en centre de réadaptation. Une chirurgie avec complications graves et des semaines dans un hôpital de Montréal suivi d’une longue convalescence. Des heures et des heures de routes et de rendez-vous multiples. Presque une année entre parenthèses. Ce sont les faits résumés. Sa version personnelle de l’histoire lui appartient. Elle revient de loin.

4 mai 2019 un an plus tard, on me questionne. Comment va ta mère ? En fait, c’est la phrase que j’ai entendue le plus souvent dans la dernière année. Ça et, après la pluie le beau temps. Ce qui ne te tues pas te rend plus fort. Ou, le calme revient toujours après la tempête. Au oui ? J’ai hâte.

Parce qu’une tempête, une bonne, ça brasse et ça frappe de tous les côtés. On doit être capitaine de notre propre navire, mais il faut parfois faire partie de l’équipage du bateau des gens qui sont près de nous dans la vie. Des fois, il faut mettre le pilote automatique sur le nôtre et aider un autre capitaine à passer à travers sa houle. Sauf que pendant ce temps là, les vagues frappent aussi ton bateau laissé sans défense.

Capitaine, Oh mon Capitaine ! Une fois la tempête passée, est-ce que la vie redevient une longue traversée tranquille? Il faut d’abord remettre le navire à l’ordre pour reprendre le large. Et c’est ce bout là auquel je n’ai pas pensé. J’ai juste repris le large, sur un navire amoché.

Parce que quand tu t’occupes d’une personne gravement malade, ça arrive que tu ne saches pas comment t’occuper de toi en même temps. Pis tu ne peux pas te plaindre quand c’est pas toi qui es couché dans un lit d’hôpital à te faire manipuler par des dizaines de médecins et de thérapeutes par semaine. Parce que toi, physiquement, t’es pas malade. Pendant que tout le monde te demande comment ta mère va, ta job c’est de faire partie de son équipage. Point. Pendant que tout le monde lui dit qu’elle a de la chance d’avoir des bons matelots, tu sais que ça n’a rien à voir. Tu hisses la voile du sens du devoir, et celle de la résilience. Il n’y a pas de voile de chance.

Certains jours, t’as les jouent creuses et les yeux assez vitreux pour que des gens le remarquent. Ils veulent bien faire sans trop s’impliquer, et c’est compréhensible. Alors, ils t’offrent des conseils. «  Il faut que tu t’occupe juste des priorités » qu’ils disent. Mais quand t’as laissé tomber ta vie sociale, que t’as arrêté de t’entrainer, que ta maison est en constant bordel, que tu t’habilles dans les tas de linge pas plié, que t’essaies d’être créative avec les fonds de garde-manger et que tu sais jamais quel jour de la semaine on est, tu priorises quoi ? Tu sacrifies quoi ? Tes enfants ? Ton couple ? Ton travail ? La personne malade ? Ça arrive que tu saches pas comment faire, ça fait que tu prends tout à bout de bras en te disant que ça va bien finir par finir. Pendant que tout le monde te demande comment ta mère va, tu gardes ta job de matelot en voyant à l’horizon ton bateau qui se fait fesser par les vagues de tous bords tous côtés. Il était un petit navire…

Et la vraie vie continue tout autour. Tous les capitaines que tu croises sont occupés à traverser leurs propres tempêtes. Il y en a qui te font sentir qu’ils comprennent et qui naviguent pas trop loin, au cas où t’aurais besoin qu’ils te remorquent un moment. Il y en a qui tournent le gouvernail pour s’éloigner parce les tempêtes des autres les effraient. Il y en a qui te disent comment mener ton bateau sans avoir aucune intention de mettre le pied à bord. Pendant que tout le monde te demande comment ta mère va, tu te rends compte que l’océan est plein de vaisseaux, plein de marins, mais qu’ils ne peuvent rien faire pour arrêter l’impression qu’à tout moment tu vas te faire engloutir. Tu sais que le fond de la mer est rempli d’épaves, mais tu manges la pluie en pleine face en regardant en avant pour avancer. C’est l’instinct de survie qui mène. Point.

Un jour, les nuages s’ouvrent et le soleil sort. Les vagues commencent à te bercer au lieu de te taper dessus. Pis t’es encore là. Le moment arrive où tu peux remettre les pieds sur ton bateau. Mais ça fait tellement longtemps que t’es parti que t’es même pas sûr de reconnaître les aires. Et ton voyage reprend doucement pendant des semaines jusqu’à ce que tu te rendes compte que tout le monde te dépasse, que t’avances tout croche. Et après une grosse année, pendant que tout le monde te demande encore comment ta mère va, un autre capitaine te pose la question. Comment tu vas, toi ? La question qui te force enfin à faire le tour de ton bateau pour inspecter les dégâts. Ce que tu aurais dû faire avant de repartir parce que ce que tu découvres te désole.

T’as de l’eau de peine plein la cale. Le moteur manque d’huile et de gaz. Les hélices du gouvernail sont tordues. T’as empilé la peur, la colère, la panique, la culpabilité, le stress, l’incompréhension, les cauchemars, les odeurs d’hôpitaux et les bruits de machines dans ta cabine. Mais les piles prennent toute la place alors tu dors debout, à côté. T’es encore sur le pilote automatique.

De l’extérieur, parce que la peinture a l’air propre, t’as pensé que ça tiendrait tout le reste. Ça tient. Mais c’est pas très solide.

Capitaine, Oh mon Capitaine ! Est-ce que c’est vrai qu’après la pluie revient le beau temps ? Que ce qui ne tues pas le matelot, ou le capitaine, le rend plus fort ? Maudite bonne question à laquelle je n’ai pas envie de répondre. Comme tous ceux qui ont traversé des tempêtes, je prends le temps de réparer mon bateau. Pour qu’il tienne le coup si je dois le quitter à nouveau ou si j’ai besoin d’accueillir un équipage à bord pour m’aider un jour. Il était un petit navire…

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Trente minutes en retard

Ce matin, je me prépare à aller courir. Avant de partir, je reçois un message qui fait que je choisis d’accepter un téléphone ; je me mets donc en retard de trente minutes sur mon programme de la journée. Je pars en refaisant le calcul de tout ce que j’ai à faire sur ma liste aujourd’hui. Il fait soleil, la musique est bonne dans mon oreille, j’ai le pas relativement léger.

Une fille court de l’autre côté de la rue, on se sourie en se croisant, et j’entends derrière moi : «Nat ?» Bandeau, lunettes, je ne l’ai pas reconnue. C’est mon amie Ani. Elle vient me rejoindre, ça fait un bout qu’on s’est vues, on se croise pratiquement jamais en courant. On parle de tout, de rien, de course, de vie et de bonheur. Et de mon ami Luc, un super héros qui revient du marathon de Boston.

Ani a trois garçons qui fréquentent l’école où je travaille, et deux d’entre eux ont la chance d’avoir Luc comme enseignant. Comme tous les élèves et plusieurs parents, ils ont suivi les aventures de notre coureur préféré et savaient la température épouvantable qu’il avait dû bravée l’an passé à Boston.

Lundi matin, comme des milliers de personnes, ils ont regardé la météo sur le cellulaire de leur mère pendant le trajet qui les amenait à l’école. Ils étaient bien inquiets et discutaient des gros nuages de pluie et des éclairs que l’application météo annonçait.

« Ah non ! Il voulait qu’il fasse beau Maman ! L’année passée il a trouvé ça trop difficile de courir dans la grosse pluie ! »

« Maman ? Est-ce que tu penses que s’il y a un gros orage, il peut mourir s’il court dans les éclairs ? »

Et c’est là qu’est entré en scène le grand frère pour calmer les inquiétudes. En déposant une main rassurante sur le bras d’un petit, il lui a doucement dit, convaincu :

« Non, voyons. Il ne peut pas mourir, c’est lui le personnage principal de l’histoire. »

Qu’est-ce qu’on peut ajouter à ça ? Le fait d’être trente minutes en retard m’a permis d’entendre cette histoire ce matin. Une toute petite demie heure qui m’a en réalité déposée au bon endroit au bon moment pour recevoir ces magnifiques mots d’enfants, dans une conversation entre deux mamans les yeux dans l’eau. Alors voilà. Si j’avais le pas léger au départ, je n’ai pas touché à terre au retour.

 

Possible souper en amoureux

Est-ce que tu te mets de la pression pour planifier une Saint-Valentin parfaite pour toi et la personne significative dans ta vie ? Je te pose la question parce que chaque année je suis toujours étonnée de l’énergie que les gens déploient à faire de cette journée, de cette date précise, le moment le plus romantiquement parfait de l’année. Comme si les 364 autres carrés sur le calendrier étaient indigne de recevoir la même dose d’amour ou de sexy que le fameux 14 février.

Qu’est-ce qui arrive si tu te chicanes avec ta douce moitié cette journée-là ? Tu respectes ta réservation au resto et tu dépenses pour un tête-à-tête froid et tendu ? Si l’amour dans ta vie est à l’extérieur de la ville pour le travail ? Tu passes la soirée en pyjama mou sur le divan devant une comédie romantique, la larme à l’œil ? Si tu es célibataire ? Tu envies les autres autour de toi en te disant qu’avec de la chance tu auras quelqu’un avec qui te faire des câlins l’an prochain ? Je suis juste curieuse de savoir. Internet et les émissions de radio débordent des meilleures ou des pires histoires de Saint-Valentin dans les jours entourant le 14 février. C’est donc dire à quel point c’est une date importante pour un grand nombre de gens. C’est fou comment on peut arriver collectivement à donner autant de pouvoir à un chiffre.

Moi, je suis une rebelle de la date en général. Ma vie est remplie de toute sortes de projets et d’imprévus. J’ai appris il y a très longtemps que c’est presque impossible d’être libre de célébrer toutes les occasions spéciales dans une année, au moment où elles se produisent. J’aime fêter souvent et n’importe quand, et je n’ai jamais envie d’attendre d’en avoir la permission sociale. Surtout pour l’amour ! Je pense qu’il faut se le dire souvent, de toute sortes de façons et surtout pas en achetant tout ce qu’on veut nous faire croire nécessaire pour le démontrer. Pour moi, c’est la Saint-Valentin chaque fois que je peux flâner en amoureux un dimanche matin avec un café aromatisé. Chaque fois qu’on prend la route pour un bon moment et qu’on jase dans l’auto en refaisant le monde. Quand on partage un fou rire à propos de rien. Quand on est assis côte à côte avec rien à se dire mais qu’on se sent bien.

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J’ai envie de te partager l’histoire vraie de ma Saint-Valentin 2000. Il faisait une tempête de neige épouvantable. J’étais dans ma voiture quelque part entre Granby et Trois-Rivières et je ne voyais ni ciel ni terre. À la radio, que des chansons romantiques et des histoires de premiers rendez-vous, de cadeaux d’amoureux, de meilleurs restaurants pour un tête-à-tête. De mon côté, j’étais en train de faire deux heures de voiture pour une rencontre très spéciale. Je rejoignais ma sœur à l’hôpital pour assister à la naissance de mon deuxième neveu, celui qui ferait de moi une marraine. J’étais célibataire à ce moment, mais je savais que même en couple, il n’y avait aucun autre endroit au monde où j’aurais voulu être.

Et j’ai commencé à fréquenter l’homme de ma vie quelques semaines plus tard. Notre premier souper officiel s’est déroulé le 23 mars. Pendant des années par la suite, nous avons pris l’habitude de célébrer notre Saint-Valentin en mars, laissant la date du 14 février à mon neveu. Le gros avantage ? Il n’y avait jamais de file devant les bons restaurants et on pouvait faire l’activité de notre choix en toute quiétude peu importe l’endroit. Je parle au passé car avec l’arrivée de nos enfants nous avons tranquillement mis ce moment de côté. Et tu sais quoi ? Rien de grave ne nous est arrivé. Aucune malchance, aucun mauvais sort jeté par l’esprit de Valentin. Nous avons continué de nous aimer, d’avancer, de bâtir notre vie semaine après semaine, année après année.

Mais je vais me confesser.

Pendant que j’écrivais ce texte, je me suis laissée aller à jeter un œil au calendrier familial. Il y avait une case vide un certain jour de mars. Et j’ai osé.

Même si je sais qu’une date ou l’autre ce n’est pas la fin du monde.

Quatre mots figurent maintenant au 23 mars.

Possible souper en amoureux.

Des fois que…

Le premier acte

Samedi dernier, j’ai assisté aux funérailles d’une belle tante, d’une femme à la vie très spéciale. Tout un groupe d’humains rassemblés au même endroit ont dit adieu à une mère, une mamie, une tante, une sœur, une amie. Une cérémonie funéraire parmi toutes celles qui ont lieu dans une année, avec toutefois un moment auquel je pense souvent depuis une semaine.

Durant l’oraison funèbre, la célébrante nous a invités à réfléchir à la vie de ma tante en termes de pièce de théâtre. Elle nous a rappelé plusieurs moments marquants en comparant tout ce qu’elle a vécu au premier acte d’un spectacle. Le deuxième selon elle est celui qui commence au moment de notre mort. Il consiste en lots de souvenirs que la personne décédée laisse dans nos mémoires et que nous continuons de faire vivre à travers nos discussions quand nous nous rappelons de l’être qui nous a quitté. C’est un résumé assez simpliste, mais là n’est pas le moment fort. Elle avait seulement mis la table pour un geste dont j’étais témoin pour la première fois lors de funérailles.

À ma grande surprise, elle nous a demandé de nous lever. Avec l’image du rideau tombé juste avant l’entracte, elle nous a invité à applaudir la performance. Je n’oublierai jamais cet instant. Dans la petite chapelle d’un centre funéraire de Québec, ma tante a reçu un « standing ovation » pour l’œuvre de sa vie. J’ai assisté à plusieurs cérémonies funéraires dans ma vie, mais c’était la première fois que je ressentais un tel mélange de tristesse et de bonheur en même temps. J’ai vécu un gros « wow ». J’ai plus tard repris le chemin du retour avec comme toile de fond un incroyable coucher de soleil et des kilomètres de réflexion.

Depuis, il y a un petit coin de mon cœur un peu plus en paix. J’ai repensé à ceux et celles qui sont partis trop vite de ma vie et qui vivent maintenant à travers mes souvenirs. Je me suis permis d’applaudir leur vie en pensée et étrangement, j’ai senti des lourdeurs intérieures se dissiper. Le processus de deuil est bien personnel à chacun, mais cette image de célébration et d’appréciation m’a rapprochée d’une nouvelle acceptation du passage inévitable de la mort.

Pleurer ce qui n’est plus a été remplacé par célébrer ce qui a été.

Me reste maintenant l’envie féroce de m’assurer de profiter de chaque scène et de chaque réplique de mon premier acte.

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Le premier jour

Fidèle à mon rituel annuel, j’ai regardé se lever le premier jour de cette nouvelle année. Ce matin, il était bercé par le bruit des vagues et les cris des goélands. Il y avait un peu partout des fêtards restés sur la plage depuis la veille, et des gens simplement venus s’asseoir pour être témoins de ce moment privilégié. Quand le soleil est sorti de la mer, il a été accueilli par des applaudissements et des cris de joie. Il se lève pourtant chaque jour. Mais le premier jour de l’année s’amène rempli de promesses et d’espoir.

Pour moi, voir les premières couleurs de l’année c’est comme ouvrir un nouveau roman dont j’ai entendu parlé, que je suis excitée de lire, et dont la photo de couverture est chaque fois magnifique. Un livre de 365 pages, une par jour, avec une section vierge pour y écrire aussi ma portion de l’histoire. Et même si je sais que tous les chapitres ne feront pas nécessairement mon affaire, c’est tout de même une série dont les 45 premiers tomes m’ont rendue plus heureuse qu’ils ne m’ont déçue.

2018, tu m’as apporté un lot de rides et de nouveaux cheveux blancs, des traces d’une histoire qui ne s’écrit pas toujours selon le scénario que nous avions prévu. Une longue année dont il me reste à balancer le bilan pour m’assurer de fermer le livre avec un surplus dans la colonne des gains. Je te laisse tout de même partir avec des beaux souvenirs qui paraissent encore plus grandioses à côté des difficultés. Tu m’auras donné toute une «ride» de montagnes russes.

2019, j’ai envie de te dire : enfin, il était temps que tu arrives ! J’attendais le changement de chiffre avec impatience. Mais en même temps, je ne te mets pas de pression. On va partir en douceur, sans plans, et tourner les pages une à une. Je ne te mets pas la barre haute, c’est mon cadeau à moi-même pour fêter ton arrivée : entrer dans la nouvelle année sans attente. Que penses-tu de l’idée ? J’aime penser que si notre seul but est de profiter du meilleur que chaque jour aura à nous offrir, nous ne pourrons qu’être satisfaits. C’est un plan qui me fait me sentir incroyablement libre. Ensemble, je pense qu’on va bien s’en tirer.

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Un gros cadeau juste avant Noël

Je ne sais pas si c’est la surprise d’une chanson entendue pour la première fois. Ou peut-être l’originalité des costumes, de tout ce rouge, des brillants et des grelots. Mais il y a quelque chose qui rend, année après année, le spectacle de Noël de mon école très émouvant. J’ai cherché à comprendre pourquoi arrive toujours un moment où ma gorge devient trop petite pour avaler, et ma vision déforme les élèves à travers le trop plein d’eau qui menace de déborder. En essayant de trouver la raison de cette émotion, j’en ai en découvert plusieurs.

Parce qu’en fait, c’est un crescendo de moments. Ce que les parents et amis voient le soir du spectacle n’est que la pointe d’un iceberg aux proportions insoupçonnées. La petite pointe qui peut n’avoir l’air de rien mais qui cache un processus que j’aurais aimé vivre à l’âge de nos élèves.

Il y a les semaines fébriles pendant lesquelles les notes des chansons se mélangent dans les corridors. Les enseignants sont un peu nerveux de trouver LA chanson parfaite pour leur classe. Les élèves excités chantent, mémorisent, créent des chorégraphies et des mises en scènes qu’ils seront heureux de présenter devant un public conquis d’avance. Dans ce joyeux chaos organisé, la collaboration est à l’honneur. On apprend à partager ses idées, mais aussi à accepter celles des autres.

Il y a la pratique commune au gymnase durant laquelle on teste le produit presque fini devant les autres groupes. Parfois, c’est le moment d’exaspération pendant lequel on découvre les failles d’un plan qu’on croyait parfait. Le temps commence à presser, la fatigue des vacances de Noël qui approchent se fait sentir. On apprend que ce n’est pas parce qu’une idée fonctionne moins bien qu’elle n’est pas bonne, et qu’il arrive qu’il est nécessaire de se retrousser les manches pour fournir le petit effort de plus qui nous rendra finalement si fier.

Il y a la répétition générale. Tous les élèves de la maternelle à la sixième année s’entassent dans des autobus avec leurs enseignants pour se rendre au centre-ville. C’est par la porte des artistes qu’ils font leur entrée dans les coulisses de la magnifique Salle J.A-Thompson où ils se produisent le soir venu. Ils vibrent d’excitation. Assis dans les bancs de velour rouge, c’est le seul moment où ils peuvent voir le spectacle en entier avec la même perspective que leurs parents. Ce soir, ils seront cachés derrière les rideaux. Pour l’instant, ils sont guidés sur comment bien se tenir devant un public, chanter fort pour projeter leur voix, cohabiter sur la scène avec d’autres amis tout en gérant leur trop plein d’énergie, et rester concentrés sur leur numéro malgré les éclairages, les micros et les techniciens qui gravitent autour d’eux.

Arrive enfin le grand moment. Les parents nous confient leurs petits artistes les yeux pleins d’étoiles. Avec toute la candeur propre à l’enfance, les élèves complimentent leurs enseignants qu’ils voient rarement en tenue de soirée. Les lumières s’éteignent dans la salle, un frisson d’excitation envahie les coulisses, et le premier numéro de la soirée est lancé. Tour à tour, les groupes se succèdent, dansant et chantant avec cœur en français, en anglais et en espagnol. Les enseignants postés au coin de la scène guident leurs élèves les yeux brillants de fierté devant les efforts déployés par chacun d’eux. Le temps d’une soirée, la magie du temps des fêtes habite dans cette salle du boulevard Des Forges. Avoir la chance de faire partie de ce moment me donne l’impression de recevoir un gros cadeau juste avant Noël.

Est-ce que le spectacle est excellent ? La réponse est dans les yeux de chaque spectateur présent. Est-ce que tout se déroule à la perfection ? Autant que c’est possible avec autour de 200 enfants cachés en coulisses. La soirée est une succession de numéros performés par des enfants amateurs âgés entre 5 et 12 ans dans un contexte de spectacle d’école. Et pourtant… mission accomplie, c’est magique. Ce qui est parfait, ce sont les souvenirs imprégnés en chacune de ces petites personnes et que seule cette soirée peut créer. Ce sont les habiletés développées, comme l’aisance à prendre la parole en publique. Ce sont les sourires des familles qui se retrouvent au foyer après la soirée. Les enfants aux joues roses de fatigue quittant la salle avec un parent, ou un fier grand-parent, main dans la main. C’est l’esprit de communauté d’une grande famille de visionnaires réunie Rockin’around the Christmas Tree, rêvant d’un Noël Blanc en se souhaitant Feliz Navidad.

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Un enfant veut pas de conseil de ses parents sur l’amour

Nos enfants vieillissent et frappent à la porte du monde des adultes. Je me questionne souvent sur les outils que je les ai aidé à développer. C’est drôle parce que de tous les aspects auxquels ils vont être confrontés ; les études, le travail, leur mission dans la vie, celui qui me chicotte le plus c’est l’amour. Celui qu’ils vont partager avec une autre personne. Ça me chicotte parce que je sais que j’aurai pas de réponses à toutes leurs questions. Que comme pour la majorité des expériences de leur vie, ils vont devoir en naviguer des longs bouts par eux-mêmes. Je sais aussi que des enfants ça veut pas de conseils de leurs parents sur l’amour. Mais j’aimerais ça leur en donner quand même. Parce que je trouve qu’on a fait une pas pire job.

J’aurais envie de leur dire…

Que je ne t’ai pas cherché. Que tu es apparu à mes côtés aux moments où ça devait être ainsi. Destin. Destiné. Hasard. Bonne étoile. Les gens peuvent utiliser le mot qu’ils veulent, ça m’est égal. Pour moi, c’est le ressenti qui importe. Un jour en particulier où l’air avait un goût plus sucré qu’à l’habitude. Où les gros flocons qui tombaient autour de notre câlin étaient plus blancs que cinq minutes avant et descendaient plus doucement, comme pour se poser sans bruit et éviter de nous déranger.

Que je ne t’ai pas demandé de me compléter. Que ça, c’est ma job à moi. D’être complète pour avancer et m’accomplir dans la vie sans attendre que tu sois celui qui me fournisse ce qui me manque. Je ne t’ai pas non plus donné une partie de mon cœur, et je ne t’ai pas demandé un morceau du tien. Te regarder être maître de ta vie et de choisir de le faire sur le même chemin que moi, ça fait partie de ce qui me rend heureuse mais ce n’est pas l’unique raison de mon bonheur. Même si c’est vrai que mon nom a une vibration différente quand c’est toi qui le dis.

Que je n’ai pas peur de te perdre. Parce que pour ça, il faudrait que tu m’appartiennes, comme une chose. Ma femme, mon mari, c’est des expressions populaires que tout le monde utilise et comprend. Moi, j’aime savoir que je suis la femme dans ta vie et que tu es l’homme dans la mienne. Que ce n’est pas un titre de propriété mais un choix commun ravivé chaque jour. Même quand nous sommes physiquement aux opposés de la planète, j’aime sentir ma tête et mon cœur libres de doutes, légers de confiance.

Que je ne t’ai pas choisi. Ça voudrait dire que j’ai considéré d’autres options. Nous avons choisi dans un accord commun de vivre nos vies ensemble. Je n’aime pas les définitions de l’amour dans le dictionnaire, pas plus que je crois qu’il y a un secret, ou une recette à suivre. Pour moi c’est une danse de sentiments comprise par les partenaires qui la dansent seulement. Notre rythme, notre décor, nos pas. Quand des bouts de la chorégraphie sont plus difficiles pour un, c’est l’autre qui prend le relais jusqu’à ce que le timing revienne. J’aime penser que sans jamais l’avoir fait pour un auditoire autre que nous, on donne tout un spectacle. Plus qu’hier, moins que demain? J’aime mieux juste le faire aujourd’hui comme il faut.

Que je ne t’ai pas donné non plus la mission de me rendre heureuse. Pas plus que tu ne l’exiges de moi. Pis que ça c’est vraiment important. Se raconter nos bonheurs, c’est une de nos forces. Les tiens, les miens et ceux qu’on a en commun. On les compare pas, on les compte pas, il n’y a pas de jalousie ou de compétition. Être capable de simplement se réjouir quand ça va bien pour l’autre, ça fait longtemps qu’on est des pros dans le domaine. Parce que s’il fallait qu’un jour on décide que nos vies n’avancent plus vers les mêmes destinations, on partirait chacun avec le bonheur de l’autre. Ce serait vraiment poche.

Tu vois, c’est ça que j’aurais envie de dire à nos fistons. Qu’être en amour, c’est d’abord «être». Être entier pour entrer complet et fort dans une relation. Pis qu’une peine d’amour ça peut arriver à tout le monde mais que c’est tout ce que c’est. Une peine. Que si on s’aime en premier, de la bonne façon, on s’en remet. Et que quand on fait un bout de chemin avec une autre personne qui s’aime aussi en premier, de la bonne façon, le voyage est magnifique.

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